Old Wicked Songs, jouée ces jours-ci au Rideau vert sous le titre Une musique inquiétante, a valu de nombreux honneurs à son auteur, l'Américain Jon Marans. Sa plume, révélée par la traduction de Maryse Warda, s'avère en effet d'une grande finesse. Sans jamais rien brusquer, sauf lorsque c'est vraiment nécessaire, sans jamais tout révéler (même lorsque le spectateur voudrait savoir), il cherche ici à révéler l'âme humaine en faisant craquer le vernis qui enduit ses personnages.

Mis à jour le 1er févr. 2010
Alexandre Vigneault LA PRESSE

Une musique inquiétante relate la rencontre forcée, à Vienne en 1986, de deux êtres que rien ne lie. En apparence, du moins. Stephen Hoffman (Émile Proulx-Cloutier) est un jeune pianiste prodige venu retrouver l'inspiration auprès du grand maître Schiller. Contre son gré, il doit d'abord suivre des cours de chant avec Joseph Mashkan (Jean Marchand), un vieux professeur hautain, dont il est en quelque sorte l'élève de «la dernière chance».

Des étincelles se produisent dès leur première rencontre. Mashkan trouve Hoffman coincé. Il veut lui apprendre à toucher le piano avec amour et passion, comme si c'était une femme. Hoffman s'accroche néanmoins à ses superstitions et à ses idées préconçues. Il cherche une échappatoire, d'autant plus qu'il a horreur des commentaires antisémites de Mashkan. Forcés de s'apprivoiser, les deux hommes se révéleront l'un à l'autre.

Soucieux de s'appuyer sur les nuances du texte, Martin Faucher n'a rien brusqué, lui non plus, dans sa mise en scène. Il a créé un lieu (un salon dominé par un piano à queue) et, surtout, une atmosphère. L'unique décor dans lequel évolueront Mashkan et Hoffman est baigné d'une lumière dont les fluctuations évoquent tant le passage des heures que celui des saisons. Subtil jusque dans le moindre détail.

Formidable duo d'acteurs

Couplée à un déroulement lent, un dévoilement graduel et soigneusement calibré, cette délicatesse de tous les instants peut s'avérer lassante. Le coup de fouet ne survient en effet qu'aux deux tiers du spectacle (au retour de l'entracte) et les échanges de Mashkan et Hoffman (autour de la musique, du nazisme ou de la nature profonde des émotions), campés de manière aussi classique, ne parviennent pas à tenir l'esprit captif durant toute la représentation.

Ce qui est dommage, car les comédiens font des prouesses. Émile Proulx-Cloutier est d'une grande justesse dans la peau du jeune pianiste impatient parti à la recherche de son essence, mais confronté à son histoire et à celle d'une Autriche postnazie qui nie la sienne. Son vis-à-vis, Jean Marchand, est quant à lui tout simplement extraordinaire en vieux professeur caractériel à la répartie tout simplement savoureuse.

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Une musique inquiétante, jusqu'au 27 février au Théâtre du Rideau Vert.