L'année 2011 pourrait être une année charnière pour les femmes humoristes. Après six ans d'absence, Lise Dion revient sur scène avec son spectacle Le temps qui court. Claudine Mercier est aussi de retour cet été avec Dans le champ. Pendant que Marie-Lise Pilote planche sur son nouveau spectacle pour 2012, les Nabila Ben Youssef, Dorice Simon, Véronic DiCaire et Cathy Gauthier triomphent ici et en France. Et derrière, ça pousse, ça pousse! La Presse a rencontré sept humoristes de la relève: Mélanie Couture, Geneviève Gagnon, Robby Hoffman, Isabelle Gauthier, Isabelle Ménard, Cathleen Rouleau et Silvi Tourigny, des femmes de 24 à 43 ans avec du guts. Elles pourraient bien être les grandes comiques de demain...

Mis à jour le 15 mai 2011
Éric Clément LA PRESSE

Le gala Les Olivier, diffusé demain à 19h30 à la télévision de Radio-Canada, sera-t-il le dernier à être autant dominé par les «mâles» ? Peut-être, mais pour renverser la tendance, on part de loin: les huit humoristes en lice pour l'Olivier de l'année sont des hommes et les femmes représentent moins de 14% des sélectionnés.

Toutefois, une génération d'humoristes femmes est en train d'éclore. Plus battantes que jamais, elles veulent faire mentir Honoré de Balzac quand il disait que «la destinée de la femme et sa seule gloire sont de faire battre le coeur des hommes» ...

On ne les voit pas encore beaucoup à la télé mais elles sont connues du public qui fréquente les bars où l'humour est roi: à Montréal, notamment le pub St-Ciboire, le Café Campus, le bar Parc des princes ou L'Hémisphère gauche.

Parmi les plus expérimentées, il y a Korine Côté, qui anime les soirées du St-Ciboire, Kim Lizotte, qui a fait 15 spectacles entre février et fin avril, ou encore Marie-Lise Chouinard, humoriste de la plume qui a créé ses Incroyables aventures de Thierry Ricourt au bar L'Escalier et qui a participé aux dernières Parlementeries.

Il y a aussi le quatuor du Girly Show (Nadine Massie, Isabelle Ménard, Korine Côté et Mélanie Dubreuil) qui sera à Juste pour rire cet été. Et il y en a d'autres: Gabrielle Caron, Lucie Trottier, Mélanie Ghanimé, Marie-Lise Majeur, Annie Deschamps, Jacinthe Landry, Maude Morissette, Mathilde Laurier, Linda Bouchard pour la comédie ou encore Marie-Christine Lachance à la mise en scène.

Et sans compter les sept humoristes que La Presse vous présente: Mélanie Couture, Geneviève Gagnon, Robby Hoffman, Isabelle Gauthier, Isabelle Ménard, Cathleen Rouleau et Silvi Tourigny.

Cette arrivée d'humoristes filles, c'est une tendance forte? Oui, dit Louise Richer, directrice générale de l'École nationale de l'humour. «Depuis 2005, mise à part 2010, où on avait une seule fille sur 11 diplômés, on se tient toujours au-dessus des 30%, voire 40% et plus», dit-elle.

«Tout évolue et c'est le temps, câline! lâche Dorice Simon, qui a attendu 10 ans avant de connaître le succès. L'an dernier, un monsieur m'a dit 'J'te trouve drôle pour une fille! ' Eille, on est en 2011!»

Pour se faire les dents, les «nouvelles» se produisent dans les bars. Pas facile de performer en 15 minutes... En entrant sur scène après deux autres filles, Silvi Tourigny s'est fait dire «Oh, non! Pas une autre fille...» Mais rien pour être découragée: ces humoristes ont décidé de jouer des coudes dans la cour des gars!

«Les filles sont bien plus osées qu'avant, dit Louise Richer. C'est vrai que ça va avec l'oreille du public. Plus il le reçoit bien, plus les filles vont l'assumer ce côté plus osé.»

«Une belle batch de filles s'en vient, ajoute Nicolas Boucher, directeur de la programmation des galas Juste pour rire. Si on exclut Cathy Gauthier, les filles sont habituellement plus intérieures. Elles font souvent rire avec des émotions et cherchent moins le rire gras. Mais là, elles sont devenues beaucoup plus efficaces avec le punch.»

Y aura-t-il un jour une parité homme-femme en humour? «Ça n'arrivera jamais, j'en suis certain, dit Nicolas Boucher. Un garçon drôle est toujours cool. Une fille drôle, c'est toujours plus surprenant. On ne s'attend pas à ça.» «C'est un métier qui attire de plus en plus les filles, ce qui est très bien, dit Benjamin Phaneuf, président du Groupe Phaneuf. Cathy Gauthier, c'était une nouvelle génération quand elle est venue me voir à l'époque. Je suis allée visiter l'École récemment et c'est vrai qu'il y a plusieurs filles. Le plus dur pour elles, c'est sortir leur premier spectacle solo.»