Au Québec, l'humour se dispute la place avec le hockey au sommet de la réussite professionnelle. Dans les deux cas, il faut bien aller débusquer les talents dès le berceau! Une dizaine d'humoristes nous expliquent comment ils ont découvert qu'ils avaient le don de faire rire, ainsi que tout ce que l'humour leur a apporté dans la vie. Parce que c'est plus qu'un métier, c'est une façon de vivre!

Chantal Guy LA PRESSE

D'une bonne blague, et surtout de la réaction qu'elle provoque, naît la révélation. Et peut-être la vocation. Tous les humoristes se souviennent de leur «première fois»:

> Réal Béland

J'ai découvert que j'étais drôle en 1re secondaire, en improvisation. Les gens riaient. J'ai découvert que c'était à cause de mon timing, de mes mimiques. J'étais pourtant la personne la plus timide. Ça m'a libéré. C'était le bonheur. J'aimais ça, j'avais juste ça en tête quand j'ai découvert ce talent.

> Cathy Gauthier

À 4 ans déjà, quand je faisais le pitre, tout le monde embarquait dans ma folie. Je pense que je faisais ça pour attirer l'attention. Parce qu'il faut être fou pour aller sur une scène, il faut un besoin d'attention plus grand que celui des autres. Je devenais le chouchou des profs, parce que j'avais une belle connivence avec les adultes. J'ai toujours fait des blagues d'adultes, j'avais 6 ans et je faisais les blagues de Claude Blanchard! C'était surprenant de la part d'une petite fille.

> Jean-Thomas Jobin

J'avais un groupe d'amis qui me trouvaient drôle, mais j'étais timide à l'école secondaire. Quand j'ai commencé à écrire des nouvelles absurdes et insolites dans le journal étudiant, beaucoup de gens ont commencé à venir me voir... Ça m'apportait une vie sociale, même si j'étais solitaire.

> Vincent Léonard des Denis Drolet

Ça a été long avant que je le sache. Je faisais des sketchs avec Sébastien et il me disait que j'étais drôle. Il a fallu que je fasse de l'impro à la polyvalente pour comprendre qu'avec cette face-là, j'étais drôle...

> François Léveillé

À l'école secondaire, j'étais le cancre de la classe, un des plus petits. Ma façon de m'en sortir pour ne pas me faire ramasser, c'était d'être le clown. Puis j'ai commencé à faire de la musique, c'était une façon de séduire les filles aussi. Ça a toujours été un exutoire. On était 10 enfants, j'étais le neuvième, mon père est décédé très jeune, et c'était l'exutoire de ma mère aussi. C'est un peu d'elle que je tiens ça.

> François Morency

Au collège des Jésuites, je ne sais pas pourquoi, je m'étais mis à imiter les profs, les surveillants. À la fin d'un cours de français, le prof a dit: «Ça a l'air que Morency fait des imitations.» On m'a demandé d'aller les faire devant tout le monde. C'était le prélude au premier spectacle amateur que j'ai fait, un gala Meritas, où j'imitais le prof de maths. Un éveil total. Une révélation.

> Laurent Paquin

Je l'ai toujours un peu su, sans le savoir. En deuxième année, notre professeur avait fait une liste de tous les élèves de sa classe et elle avait attribué une qualité à chacun. «J'aime la gentillesse d'une telle», «J'aime la générosité d'un tel». Et pour moi c'était: «J'aime l'humour de Laurent.» C'est là que j'ai appris ce que le mot humour voulait dire.

> Jean-Marc Parent

Je devais avoir 12 ans, en sixième année. Je bégayais, c'était effrayant. On m'avait donné mille raisons: parce que j'avais perdu ma mère jeune, parce que je manquais de confiance en moi... Chaque fois qu'il y avait un exposé, j'avais les mains moites. J'inventais des visites chez le dentiste. Et un jour, je me suis tanné. J'étais carrément fâché. J'ai pris mon courage à deux mains et j'y suis allé, avec un exposé sur le tiers-monde, assez drôle, et tout le monde a éclaté de rire et ce rire-là m'a empli d'une confiance incroyable. J'ai réalisé que ce que je pensais tout seul faisait rire. Je n'ai plus jamais bégayé de ma vie.

> Alex Perron

J'ai probablement toujours été drôle, mais au secondaire, j'ai découvert l'impact que ça avait sur les autres. Surtout avec l'improvisation qui explosait dans les années 80. Faire rire ses amis et sa gang, c'est une chose, mais faire rire des inconnus, ça a été une grande découverte.

> André Sauvé

Petit, les professeurs avaient de la difficulté à me chicaner. Je faisais rire avec mes déprimes, mes angoisses. J'ai décidé d'en faire un métier en sortant d'une dépression; un ami m'a dit que ce que je savais le mieux faire dans la vie, c'était de faire rire. Je n'avais jamais pensé à structurer ça. J'ai fait un concours et ma vie a complètement changé. Étonnamment, tous les gens que j'ai connus me disent que c'est ce que j'ai toujours fait. Comme une tache au bout du nez.