Au-delà de la guerre des mots lancés d'un bout à l'autre de la 20, ce que la controverse met en lumière, c'est la question des festivals à but non lucratif et subventionnés qui sont organisés par des entreprises privées.

Mis à jour le 13 août 2009
Louise Leduc LA PRESSE

Comme l'a résumé Alain Simard à La Presse hier, «c'est un PPP avant la lettre».

Les FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés par Spectra, dont Alain Simard est le président. Spectra possède différentes filiales qui donnent dans la production de disques, de spectacles, de séries télévisées et dans la gérance d'artistes, en plus de posséder le Métropolis et le Théâtre Outremont. C'est aussi le modèle du festival Juste pour rire, auquel est apparenté Productions Rozon, dont le président est Gilbert Rozon.

François Colbert, professeur de marketing culturel à HEC-Montréal, signale d'abord que les bonzes des grands festivals sont des passionnés qui ont monté leur affaire à la force des bras et qui récoltent maintenant ce qu'ils ont semé. Mais non, ils ne se tapent pas l'organisation de ces manifestations par pur altruisme. «Les choses qui ne sont pas payantes vont du côté du festival à but non lucratif et ce qui est payant, on le fait avec l'entreprise à but lucratif. Tout ce qui est produit dérivé, captation de spectacles (vendus ensuite à des chaînes de télévision), on réserve cela à l'entreprise privée», dit-il.

Pourquoi les revenus tirés des spectacles que l'on enregistre au festival Juste pour rire, au Festival de jazz ou aux FrancoFolies vont-ils du côté du secteur privé et non pas du côté du festival qui demande des subventions? François Colbert ne se l'explique pas, mais il signale que cela se fait à visage découvert et que les gouvernements sont au courant.

Certifications

Gilles Corbeil, président de la Société de développement des entreprises culturelles (la SODEC, l'une des sociétés du gouvernement du Québec qui subventionnent les festivals), note que son organisme s'est penché il y a quatre ou cinq ans sur les liens entre les festivals et les entreprises privées qui les organisent. Depuis lors, la SODEC exige que des experts comptables certifient que les frais facturés par les entreprises comme Spectra ou Productions Rozon sont adéquats. Par exemple, que le loyer du Métropolis - propriété de Spectra - facturé à l'organisme sans but lucratif des FrancoFolies est égal ou inférieur au prix du marché.

Spectra est une entreprise privée qui réussit bien. En même temps, «ce n'est pas Quebecor», dit Alain Simard, qui ajoute que le chiffre d'affaires de toutes les filiales réunies de Spectra donne dans les 70 millions. «On gagne bien notre vie, mais c'est avec toutes les autres choses que l'on fait, quand, par exemple, on produit la comédie musicale Roméo et Juliette, qui fait des revenus de billetterie de 8 millions en deux mois, quand on fait une opération Beau Dommage qui remplit deux fois le Centre Bell et qui vend 250 000 disques en un mois.»

Spectra tire effectivement un avantage à faire les FrancoFolies et le Festival de jazz, mais le Métropolis se louerait de toute façon, insiste Alain Simard, qui signale au surplus qu'il n'y a pas d'exclusivité dans les droits de captation. Si CTV ou toute autre chaîne veut venir filmer un spectacle aux FrancoFolies pour revendre ensuite la captation, libre à elle.

Difficile, conclut-il, «d'être traité de voleur sur la place publique» quand, avec une équipe partie de rien, on a soi-même bâti des événements qui ont permis de faire venir de grands noms de la musique à Montréal et des millions de touristes.