Dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs, Ghislaine Doté, une jeune Montréalaise née en France et élevée en Côte d'Ivoire, présente Merry Age, à l'Agora de la danse.

Stéphanie Brody, collaboration spéciale LA PRESSE

Mâle de femme notamment, que Doté crée en 2006, annonçait une signature chorégraphique distinctive, un alliage assumé et dosé de ses formations en danse africaine et contemporaine ainsi qu'en arts martiaux. Malheureusement, tout ce qui rendrait Merry Age aussi jouissif se dissout trop rapidement et l'on assiste, navrée, à un sextet qui cherche son fond et sa forme.

Et pourtant, Doté a choisi de s'attaquer ici à l'institution du mariage, sujet qui fait frémir bien des Québécois! Merry Age se veut aussi apparenté à la comédie musicale! On est intriguée... De fait, l'amorce intrigue : les danseurs s'adressent directement au public, sur le ton de la confidence et de la dérision. Les histoires de peur de l'engagement fusent, le public s'y reconnaît et rit de bon coeur.

« Ding dong, ding dong, let's get married...» susurrent en choeur les danseurs. Sur ce leitmotiv, qui devient rapidement un ver d'oreille, les interprètes passent aux percussions corporelles, à la podorythmie. Merry Age gagne en ampleur et en mordant... Avec ce mélange d'humour, de voix et de gestuelle tranchée, une forme intéressante s'installe, laquelle pourrait nettement servir à explorer l'envers du mariage.

Mais, tout à coup, rupture totale! Les voix se taisent et la perspective que Doté pose un regard critique et assumé sur le mariage s'évanouit pour ne laisser place qu'à des lieux communs qu'elle tente maintenant, de surcroît, d'articuler au moyen d'une gestuelle néoclassique correcte mais sans réelle portée dramatique. Tout est trop vague.

Oui, dans le mariage, le désenchantement suit parfois l'enchantement, mais encore? Doté disposant ici de trois couples, il y avait moyen de nuancer ces vagues affirmations. Au dernier moment, comme un cheveu sur la soupe, la gestuelle percussive, le côté théâtral et le ton humoristique refont surface. C'est peine perdue : ces histoires d'amour ne nous intéressent plus. Il est clair que Doté fouille ce sujet avec moins de précision et de conviction qu'elle ne l'avait fait dans son vibrant hommage à la survivante, Mâle de femme.

Merry Age de Ghislaine Doté, à l'Agora de la danse jusqu'au 18 février.