A priori, voilà un bien curieux sujet pour une création québécoise... Une comédie sur la chaise électrique, cette diabolique invention de Thomas Edison, ça n'allume pas instantanément de lumière. Or, Claude Paiement et Frédéric Desager ont écrit une oeuvre étonnante, à la fois grave, comique, dérangeante et ludique. Un théâtre de la cruauté avec des airs de Grand Guignol!

Luc Boulanger, collaboration spéciale LA PRESSE

Les auteurs se sont inspirés de ce mobilier des chambres de la mort pour nous interpeller sur des questions éthiques. Par exemple, jusqu'à quel point la notion de progrès ne sert-elle pas qu'à mettre une couche de vernis sur la barbarie? (La chaise électrique a succédé à la pendaison comme moyen d'exécution en 1890, mais a été officiellement remisée en 2008 quand le Nebraska a adopté l'injection létale.)

Dans La chaise, présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, le public se retrouve dans la salle D-31 d'un pénitencier américain. Il va assister, le soir même, à la mise à mort d'un détenu par un bourreau à l'accent allemand, Louis Joseph Todd (incarné par Desager). Ce dernier refuse l'étiquette de tortionnaire. Il lui préfère les titres «d'ingénieur funéraire», «technicien électrificateur», travailleur dans le «domaine des sciences pénitentiaires» !

Durant la première partie, Todd expose, avec la précision de l'orfèvre, les techniques de la mise à mort par décharge électrique. Tandis que tout semble se dérouler comme prévu, une émeute éclate dans la prison. Todd se retrouve prisonnier de la chambre de la mort. Des détails curieux de son passé et de celui de ses proches vont jeter un nouvel éclairage sur sa profession et sa vie. Le bourreau peut aussi être la victime...

La chaise est une comédie noire assez intéressante. Mais c'est surtout un solo qui permet à Frédéric Desager de faire la démonstration de son talent. L'acteur incarne avec force et virtuosité plusieurs personnages, passant souvent de l'un à l'autre entre deux répliques.

La mise en scène d'Eudore Belzile est extrêmement précise, réglée au quart de tour, à l'exception d'un ou deux pépins de première.

Le décor très réussi est signé Geneviève Lizotte. Les ampoules électriques (autre invention d'Edison) suspendues au-dessus de la terrifiante chaise multiplient les beaux effets d'éclairage (d'André Rioux).

Malgré la lourdeur, voire l'hermétisme du propos, le courant finit par bien passer dans cette coproduction du Théâtre Harpagon et des Gens d'en bas.

La chaise, à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 12 novembre.