En créant S'envoler, présenté en ouverture de la 20e saison de l'Agora de la danse, la chorégraphe Estelle Clareton a voulu donner une suite lumineuse à sa sombre série des Furies, commencée en 2005.

Stéphanie Brody, collaboration spéciale LA PRESSE

En ce moment, Estelle Clareton est peut-être davantage connue du grand public pour son rôle de Marie-Christine, la femme de Malik, dans la série Les hauts et les bas de Sophie Paquin qu'elle ne l'est pour sa carrière de chorégraphe.

Clareton, qui présente S'envoler, sa nouvelle création pour 12 danseurs, ne s'en formalise pas trop. «Le fait que mon nom circule va peut-être amener des gens à mon spectacle, les rendre curieux de ce que je fais d'autre dans la vie», lance Clareton, assise sur la terrasse arrière de sa maison, dans la Petite Italie.

Car même si la danse demeure le premier amour de cette chorégraphe, formée au Conservatoire national de danse d'Avignon et ancienne interprète pour la compagnie O Vertigo, Clareton travaille aussi dans le milieu du théâtre - elle a signé sa première mise en scène, au Théâtre de Quat'Sous en 2005 et collaborera, en mars, à Ronfard nu devant son miroir, à l'Espace libre. De plus, elle agit, depuis 2006, comme conseillère artistique à l'École nationale de cirque, où elle aide les élèves à perfectionner le numéro qui deviendra leur carte de visite professionnelle.

«Le cirque, c'est mon gagne-pain», avoue celle qui s'est prise de passion pour les acrobates, les jongleurs et les clowns. Clareton affirme d'ailleurs que c'est au contact du cirque que ses créations de danse ont retrouvé la part de ludisme qui les distinguait à ses débuts, après la période plus sombre qui a vu naître la série intitulée Furies, dont fait partie S'envoler.

«Dans les quatre premiers volets des Furies, j'ai plongé dans une exploration des monstres de la mythologie grecque et du côté obscur de la vie, après entre autres ma visite des camps de concentration en Europe. Pour S'envoler, j'en ai conservé l'ardeur, mais je commence à revenir vers la lumière... à cause de lui aussi», murmure, émue, la jeune maman en désignant l'adorable bambin qui dessine à ses côtés.

S'envoler a donc été créé dans la joie, un luxe, selon Clareton, qui trouve le milieu de la danse parfois aride et sévère. «Je me suis payé un cast de rêve!» ajoute-t-elle, en parlant entre autres de Sylvain Lafortune, de Mathilde Monnard, des jeunes diplômées de LADMMI, Marie-Éve LaFontaine et Esther Rousseau-Morin, de l'acrobate Raphael Cruz ou de la comédienne Noémie Godin-Vigneau.

Ce groupe, elle a voulu le voir tissé serré, très serré... «Je voulais faire une vraie pièce de groupe, pas une suite de solos ou de duos épars. Dès qu'on a mis les pieds en studio, j'ai demandé aux interprètes de se placer en tas, toujours de plus en plus collés, au point d'entraver le mouvement», explique Clareton, qui s'inspire aussi pour S'envoler de l'organisation sociale des oiseaux, notamment de leurs migrations. «Les corps sont mus par plein d'impulsions contradictoires. C'est comme si des vents soufflaient à travers les corps.»

Clareton a-t-elle réussi à concilier sa vie en France et au Québec? «Créer cette pièce m'a aidée à y voir clair. Mes racines sont là-bas, en France, mais j'en ai aussi ici; c'est au Québec que j'ai vécu ma vingtaine et que je suis née comme artiste. Alors, il faut que j'accepte que mon identité soit entre les deux, en mouvement... ce qui va bien avec mon métier, non?»

S'envoler de la chorégraphe Estelle Clareton, à l'Agora de la danse du 15 au 25 septembre.