Installations, musique, cinéma et arts de la scène, le collectif franco-autrichien Superamas se sert allégrement dans le grand buffet des arts contemporains pour «activer le regard des spectateurs». Temps d'images accueille Big 3rd Happy/End, un spectacle où ces artistes cherchent à critiquer le monde de manière... distrayante.

Mis à jour le 23 janv. 2010
Alexandre Vigneault LA PRESSE

«La notion de spectacle nous intéresse beaucoup, mais le divertissement, ce n'est pas satisfaisant. Ce qui nous intéresse avec Superamas, c'est de poser un regard critique sur le monde dans lequel on vit, mais qui ne soit surtout pas moralisateur. De faire une critique distrayante, dans laquelle le spectateur peut se projeter.»

 

L'homme à l'autre bout du fil a bien sûr un prénom et un nom, mais préfère les taire. «Il faudrait que vous parliez de moi comme d'un représentant de Superamas», demande-t-il gentiment. Son accent laisse entendre qu'il est français, peut-être d'une région du Sud. Son identité artistique, elle, se fond toutefois dans Superamas, collectif franco-autrichien fondé en 1999 qui propose une vision décloisonnée des arts de la scène.

Du mode de fonctionnement de Superamas, il révèle ceci: le collectif compte seulement six membres officiels. «Chacun a des tâches très précises, mais comme on s'intéresse tous au travail les uns des autres, ce n'est pas comme s'il y avait un directeur, un assistant et un technicien, dit-il. Les choses sont beaucoup plus mélangées que ça.

«On travaille comme un label», résume-t-il. Pour chaque production, les créateurs vont chercher les collaborateurs extérieurs nécessaires - surtout des interprètes, comprend-on. Leur objectif est de développer un langage, une identité artistique qu'ils déclinent dans divers domaines: arts de la scène, installation, livre d'art, sculpture, etc.

Fabriquer le bonheur

Big 3rd Happy/End participe également de ce type de déclinaison puisque c'est l'ultime volet d'une série d'oeuvres consacrées à l'idée de la répétition. «On travaille beaucoup sur ce que croit croire le spectateur. En répétant une information, on met en doute ce qu'il a cru comprendre à la première occurrence, explique-t-il. La boucle et la répétition sont là pour activer le regard des spectateurs.»

Big 3rd Happy/End s'intéresse à la quête du bonheur. Et aux images du bonheur qu'on avale à longueur de journée, parfois sans en prendre conscience. Derrière cette série baptisée Big, il y a bien sûr l'idée de Big Brother, une machine à contrôler les esprits ou, du moins, à fabriquer des illusions de vérité.

«Tourisme, musique rock, culture pop, il y a toute une palette d'empires qui nous formatent pour nous faire croire à une certaine idée du bonheur accessible, fait remarquer le représentant de Superamas. On démonte un peu tout ça, joyeusement.» Big 3rd serait ainsi conçu de manière à permettre au spectateur de voir le format pour mieux poser un regard extérieur sur les choses. «Extérieur et amusé», insiste-t-il.

Superamas cherche à mettre au jour les mécanismes d'une société du spectacle qui l'inquiète et qu'il adore en même temps. «Ce qui nous semble extrêmement humain, ce sont les paradoxes, dit encore son représentant. On est là pour entrer en friction avec un monde qui nous excite et qui nous déprime à la fois.»

Big 3rd Happy/End du 27 au 29 janvier à l'Usine C, dans le cadre du festival Temps d'images.