Yvan Bienvenue persiste et signe: deux des sept contes urbains au programme de ce rendez-vous pré-Noël proviennent de sa plume. Après avoir porté le concept pendant 15 ans, il commence toutefois à regarder ailleurs. Il sera encore là l'an prochain, mais il ne promet rien au-delà de 2010.

Mis à jour le 21 nov. 2009
Alexandre Vigneault LA PRESSE

Les écrits restent, mais ils ne disent pas toujours la vérité. Yvan Bienvenue ne signe pas tous les textes des prochains Contes urbains, contrairement à ce qui est annoncé dans le programme officiel de La Licorne. Seulement deux: Body Bag, inspiré par l'envoi de sacs mortuaires dans des réserves amérindiennes cet automne, et un autre intitulé Madame Buttefly.

Le dramaturge et éditeur avait bel et bien songé à une présentation spéciale autour de ses propres créations, mais il a mis le projet de côté. Il le remettra sur les rails pour le spectacle de réouverture de La Licorne, en 2010. «J'ai très hâte à cette soirée-là», assure-t-il. Pourtant, il pourrait bien s'agir de sa dernière contribution aux Contes urbains.

«Après ça, je ne sais pas, avoue-t-il. Ça fait 15 ans que je fais ça et j'aimerais avoir plus de temps pour écrire. Je fais aussi beaucoup d'édition et ça me prend de plus en plus de temps.» Il veut s'arrêter avant que le concept ne s'étiole de lui-même. Peut-être va-t-il passer le flambeau. «Ou tout simplement arrêter», laisse-t-il tomber.

Des bébés à l'âge adulte

Avant de pleurer la mort encore hypothétique des Contes urbains, gardons un oeil sur la mouture 2009: sept contes, écrits par six auteurs et portés par autant de comédiens. «Il y a au moins trois textes qui parlent de bébés, c'est assez particulier», constate Yvan Bienvenue. C'est le cas de Bébé Love, de Justin Larramée, dans lequel un gars qui n'aime pas les bébés accepte de garder celui de sa grande amie Brigitte, qui a vraiment besoin d'aller à une fête.

«Pour la première fois, aussi, on parle d'avortement aux Contes urbains», tient à souligner le metteur en conte. Il parle de La Chienne, de Fabien Cloutier, qui s'est fait remarquer en 2005 avec Ousqu'y é Chabot? Ce conte a finalement donné naissance à sa pièce Scotstown, qui a récemment tenu l'affiche à La Licorne. Simon Boulerice (Gloria), André Maurois (Noël Bio, par Francesca Barcenas) et Jean-Philippe Baril-Guérard (Coleman) sont les trois autres auteurs invités cette année.

Yvan Bienvenue, comme cela lui arrive à l'occasion, signe les deux autres contes. De Madame Butterfly, qui clôt la soirée, il dit que c'est une histoire «légère» de colis posté à la mauvaise adresse. Qu'y a-t-il dedans? Un truc coquin. Body Bag se veut plus sérieux. «C'est vraiment une prise de position politique», admet l'auteur.

Son conte s'inspire d'un fait divers: plus tôt cet automne, le gouvernement fédéral a fait parvenir des sacs mortuaires dans au moins une réserve autochtone de l'Alberta, en prévision des ravages de la grippe A (H1N1). «Qu'il y ait ou non une volonté derrière ce geste, cette erreur-là, c'est la goutte de trop, estime le dramaturge. De manière générale, je suis sensible à l'injustice et je crois que les Premières Nations sont victimes d'injustice.»

Porté par le comédien Dave Jenniss, son texte porte en quelque sorte sur la reprise de possession de son identité. «On infantilise les Amérindiens, alors c'est l'histoire de gens qu'on traite comme des enfants qui passent à l'âge adulte», résume-t-il. Et ça se termine «sur un sourire».

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Contes urbains, du 24 novembre au 19 décembre à La Licorne.