S'il est question de pianistes françaises actuelles, une chose est absolument certaine : Lise de La Salle est, à 24 ans, une très solide et très sérieuse représentante de son instrument, interprète autant que technicienne, alors que la «célèbre» Hélène Grimaud, entendue dans la même salle il y a deux mois (et qui, à 43 ans, pourrait être sa mère), n'est qu'une très bonne joueuse de piano hélas! médiatisée très au-delà de son talent.

Claude Gingras LA PRESSE

Lise de La Salle a un premier mérite : elle sait, autrement mieux que l'autre, composer un programme substantiel et équilibré. Toute la première partie tenait en une heure d'impressionnisme - Ravel, Debussy - affectée cependant d'un changement de dernière minute. De Ravel, elle avait d'abord annoncé la suite Miroirs et la Sonatine; de Debussy, quatre Préludes. Elle omit la Sonatine et joua six Préludes au lieu de quatre.

L'après-entracte allait au romantisme allemand : les Études symphoniques de Schumann, qui sont, en fait, 12 variations sur un thème. Selon la formule la plus courante, la pianiste y ajouta, à différents moments de son exécution, les cinq études (ou «variations posthumes») que Schumann avait rejetées et que Brahms retrouva et publia.

Dans la salle demi-obscure (et à moitié remplie) de la Maison symphonique, la liste des pièces, imprimée en caractère minuscule sur fond gris (!), était tout simplement illisible. Même chose pour les Préludes de Debussy, dont la pianiste, au surplus, modifia l'ordre sans avis.

Indépendamment de ces problèmes - qu'il eût été si facile d'éviter! -, ce fut là un magnifique récital. On a pu trouver la première partie trop uniforme. Il est clair que la pianiste l'avait voulu ainsi : une heure, de façon à établir une atmosphère. Ce qu'elle réussit parfaitement, avec une technique de première grandeur, un jeu aussi puissant que subtil et une infinité de couleurs.

Le Schumann révéla un beau tempérament romantique, malgré quelques petites fautes et un tempo beaucoup trop lent pour le thème, simplement marqué «Andante». Rétablir les pièces éliminées par Schumann est un choix valable d'un point de vue historique, mais leur intérêt est discutable. En fin de compte, la décision de l'auteur avait certainement été la meilleure.

En rappel, la pianiste offrit un Nocturne de Chopin, sans l'identifier.

LISE DE LA SALLE, pianiste. Lundi soir, Maison symphonique, Place des Arts. Présentation : Société Pro Musica.

Programme :

Miroirs (1905) - Ravel

Six Préludes (1909-1913) - Debussy

Études symphoniques, op. 13 (1834) - Schumann