En cette soirée historique où l'émotion d'inaugurer une nouvelle salle de grande musique à Montréal était palpable autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'édifice, le premier concert donnant naissance à la Maison symphonique a ravi les centaines de spectateurs rassemblés, ce mercredi soir, sur le parterre de verdure situé au coin du boulevard de Maisonneuve et de la rue Saint-Urbain.

Éric Clément LA PRESSE

Retransmis en léger différé sur une grande partie du mur du nouvel édifice avec une résolution étonnante, les images du concert (Neuvième symphonie de Ludwig van Beethoven) interprété par l'Orchestre symphonique de Montréal donnaient un caractère grandiose à l'événement.

Les organisateurs avaient ajouté une demi-douzaine d'écrans aux formes de cadres de tableaux dans lesquels étaient diffusées des images des musiciens en train de jouer.

La Neuvième était accompagnée des prouesses acrobatiques de 14 artistes du Cirque Éloize sur une scène placée sur le parterre.

Dans une mise en scène d'Anita Bombita Rousseau, des exercices de tissu aérien, de trapèze, de cerceau, de jonglerie, de barre russe et de trempomur ont été réalisés pendant les quatre mouvements de la symphonie. Dommage que l'éclairage de la scène ait été insuffisant au début car les numéros de cirque semblaient alors se perdre dans la puissance symphonique. Mais le double numéro de tissu aérien était bien rendu tout comme les exercices au trampomur.

Derrière la scène, sur l'écran géant, on pouvait voir, immense, le maestro Kent Nagano diriger son orchestre avec l'énergie qu'on lui connaît et souvent fendu d'un sourire qui en disait long. Lors du troisième mouvement de la symphonie, l'écran géant s'est toutefois partagé en deux. Le chef Nagano a présenté l'oeuvre puis l'écrivain Dany Laferrière, la comédienne Andrée Lachapelle ou encore le scientifique Hubert Reeves ont évoqué la puissance de la musique «et son message de paix et de fraternité» et d'autres sujets philosophiques.

Mais on ne pouvait plus écouter la musique... en même temps. Une sur-impression de sous-titrages aurait moins dérangé les mélomanes...

Le spectacle était tout de même d'une grande beauté. Même le ciel, menaçant durant la journée, offrait une réconciliation très appropriée pour l'interprétation de cette Ode à la joie qui restera dans les annales montréalaises et que le public a chaudement et longuement applaudie. Comme dans la salle.

Respectueux du public montréalais, le chef Kent Nagano est même venu saluer la foule sur le parterre avec les chanteurs lyriques. Un beau geste qui a clos une soirée magnifique de musique et de fraternité.