Dimensions, matériaux, courbes des murs, l'architecture de la nouvelle résidence de l'OSM vise à obtenir une acoustique optimale. Son principal architecte sonore, Tateo Nakajima, croit toutefois que l'acoustique n'est pas une fin, seulement l'un des moyens d'offrir une expérience globale.

Mis à jour le 3 sept. 2011
Alexandre Vigneault LA PRESSE

En mettant le pied dans la nouvelle salle de concert de la Place des Arts pour la toute première fois, Claude Gingras, critique à La Presse depuis 1953, a laissé échapper un «wow!» admiratif. À l'oeil, la salle se révèle en effet d'une beauté saisissante avec son chaleureux revêtement de hêtre et ses murs courbes. À l'oreille, on le saura très bientôt, le programme du concert d'ouverture étant expressément conçu pour en faire valoir les qualités acoustiques.

Tateo Nakajima entre à la suite de notre critique. Spécialiste de l'acoustique chez Artec, firme réputée internationalement pour la qualité des salles de concert qu'elle conçoit, il est l'un des principaux architectes sonores de la salle que les mélomanes découvriront mercredi. Il en a planifié la forme, le volume et la géométrie intérieure et a dû approuver chaque modification ou ajout au plan initial.

L'acousticien, qui a grandi à Toronto, n'est pas un ingénieur mélomane. Il fut d'abord un violoniste fasciné par la direction d'orchestre. «Ma fascination sonore et musicale ne se limitait pas à une seule voix, mais allait plutôt vers les ensembles. J'étais fasciné par la complexité et le caractère palpable du son d'un orchestre.»

Tateo Nakajima a fait le saut chez Artec après avoir lui-même dirigé des orchestres et une compagnie d'opéra en Europe de l'Est. Il comptait demander au fondateur de la firme de le mettre en contact avec des chefs nord-américains, mais Russell Johnson l'a plutôt invité à se joindre à son équipe. «C'était un grand mélomane, mais il disait que j'étais mieux placé que lui pour comprendre ce qui, dans un contexte donné, tenait à la musique, aux musiciens ou à la salle.»

Clarté et réverbération

«L'acoustique n'est pas une science exacte», se plaît à dire le spécialiste. La conception d'une salle de concert de haut niveau demande néanmoins une précision millimétrique. Il suffit de passer la main sur les parois de bois fermement collées sur les murs de béton pour s'en convaincre: à certains endroits, le revêtement n'est pas lisse, mais légèrement rêche. Et ce n'est pas en raison de la négligence du charpentier.

Artec conçoit ses salles dans le but d'obtenir un haut niveau de clarté et de réverbération sonores. Pour Montréal, la firme a opté pour une salle de forme presque rectangulaire (une variation sur le thème de la shoebox dans le jargon du milieu), assise sur 289 coussins acoustiques qui l'isolent de l'édifice dans lequel elle se trouve et où l'orchestre et l'auditoire semblent partager un même espace.

Le revêtement de hêtre, les insertions de plâtre aux étages supérieurs, les courbes des murs, chaque élément vise à permettre une diffusion égale des hautes et des basses fréquences, ainsi qu'à rediriger le son vers l'endroit le plus difficile à atteindre: le centre du parterre. «L'acoustique, c'est le véhicule par lequel on peut faire les choses, mais ce n'est pas la finalité», dit toutefois Tateo Nakajima.

«L'idée, c'est de créer un lieu apte où les musiciens se sentiront bien et auront envie de jouer, une salle qui donne l'impression d'attendre qu'on y joue de la musique», insiste l'acousticien, qui hésite à entrer dans les détails techniques.

De son point de vue, la qualité de l'acoustique n'a de valeur que si elle est combinée au plaisir visuel et sensoriel qu'offre l'architecture et la clarté de la salle. Ainsi, le revêtement de bois n'a pas été choisi seulement pour ses propriétés acoustiques, mais parce que «les gens, en particulier les musiciens, aiment le bois».

Tateo Nakajima plaide pour la mise en place d'une expérience esthétique globale, ce qui n'est pas qu'un détail selon lui à une époque où chaînes haute-fidélité et cinémas maison offrent des conditions d'écoute de grande qualité. «L'expérience du concert doit être d'une telle qualité, d'une telle intimité qu'elle ajoute réellement une autre dimension pour le mélomane, dit-il. L'objectif est de créer une enceinte tellement séduisante qu'elle contribuera à faire vivre une expérience musicale et sociale que les gens voudront revivre.»

La nouvelle salle en cinq points

Capacité de la salle: 1900 sièges et jusqu'à 2100 si des spectateurs sont placés dans le choeur, derrière l'orchestre.

Plateau conçu pour accueillir 120 musiciens et 200 choristes.

Neuf réflecteurs acoustiques motorisés sont accrochés au-dessus de la scène et de la salle afin de moduler l'environnement acoustique selon les ensembles et les programmes.

La salle repose sur des coussins acoustiques qui l'isolent de l'enveloppe extérieure du bâtiment, coupant sons et vibrations extérieures.

L'essentiel de la superficie intérieure de la salle est couverte de hêtre de la région de Gatineau. Des sections de plâtre sont incrustées dans les hauteurs pour contribuer à moduler la diffusion des fréquences médianes.