Das Rheingold, premier volet de la nouvelle Tétralogie de Wagner montée par Robert Lepage au Metropolitan Opera de New York, a fait l'objet de commentaires presque essentiellement centrés sur un appareil scénique considéré comme le plus complexe et le plus coûteux des 127 ans d'histoire du Met.

Publié le 10 oct. 2010
Claude Gingras LA PRESSE

La «machine» -- entièrement made in Québec, rappelons-le -- pèse 42 tonnes et a coûté, dit-on, dans les 15 millions de dollars. Elle sera adaptée aux trois opéras suivants, la Tétralogie complète étant dévoilée au printemps 2012.

Si j'en juge par ce que j'ai vu hier après-midi dans l'un des cinémas qui diffusent en direct les représentations du Met, la scénographie tant médiatisée est l'aspect le moins intéressant du spectacle.

Signé Carl Fillion, ce dispositif constitué de 24 panneaux mobiles évoque tour à tour un immense auvent, une glissade d'eau, une balançoire, je ne sais quoi encore. Il n'apporte strictement rien au drame, sauf au troisième des quatre tableaux, où il devient l'escalier par lequel le dieu Wotan et son confident Loge descendent vers la forge souterraine du méchant Alberich pour lui arracher l'or, gage de la toute-puissance.

Par ailleurs, on ne voit jamais le Walhalla, alors qu'on doit le voir. Ce château que Wotan s'est fait construire par les deux géants Fasolt et Fafner, il faut l'imaginer à travers une espèce de rideau de douche multicolore où disparaissent les personnages à la fin. Et l'arc-en-ciel qui conduit au château est ramené à un écran de couleurs aussi recherché qu'un commercial de compagnie de peinture.

Un dernier détail : le Tarnhelm. Ce heaume magique que coiffe Alberich pour prendre différentes formes, de serpent à crapaud, est remplacé par un voile ridicule dont notre homme se couvre la tête.

À oublier, donc, la «machine». Pour l'instant tout au moins. Par contre, au plan dramatique, le Rheingold de Lepage est une éclatante réussite. Les interprètes correspondent exactement à ce que demande le texte, les échanges souvent brutaux entre les personnages sont menés avec force et les voix possèdent cette puissance à nulle autre pareille qui caractérise le chant wagnérien.

Bryn Terfel, immense Wotan; Eric Owens, perfide à souhait en Alberich; Richard Croft, parfait en équivoque Loge; Stephanie Blythe, attachante Fricka, l'épouse de Wotan; Franz-Josef Selig et Hans-Peter König, géants terrifiants; Gerhard Siegel en touchant Mime, souffre-douleur de son frère Alberich : tous sont à la hauteur, y compris les trois Filles du Rhin. Seule réserve : l'interprète de Freia fait plus secrétaire de bureau que déesse.

Tout comme le jeu, les costumes de François St-Aubin respectent la meilleure tradition wagnérienne, épées et cuirasses à l'avenant. Fricka est une plantureuse Hausfrau et cette allure de brave femme de maison est certainement voulue, le personnage étant la déesse du mariage. Les costumes rembourrés des géants sont plutôt comiques, du genre conte de fées, et les Filles du Rhin sont présentées ici comme des sirènes, donc avec des queues de poisson. L'habit doré de Loge semble cependant sorti de quelque Flûte enchantée.

Au cinéma, les gros plans mettent en relief la mordante articulation du texte allemand, ce dont est privé le spectateur en salle. Une bonne partie du drame passe dans l'orchestre, où James Levine fait une solide rentrée après une maladie qui l'a laissé très amaigri.