Lancée le 25 août, notre double question - quelle est l'oeuvre musicale que vous préférez entre toutes et quel enregistrement en possédez-vous? - a suscité 29 réponses: 23 d'hommes, cinq de femmes et une non signée, la presque totalité en provenance de Montréal et de la grande périphérie.

Claude Gingras LA PRESSE

Le dépouillement du courrier confirma la suprématie de Beethoven comme seul compositeur faisant l'unanimité de tous, spécialistes et simples auditeurs: quatre correspondants avaient choisi trois de ses Symphonies, soit la célébrissime cinquième, la descriptive sixième (la Pastorale) (choisie deux fois) et l'audacieuse septième. L'absence de la fameuse neuvième ne modifie en rien la position de Beethoven au-dessus même de Bach et de Mozart.

Brahms rejoignit bientôt son illustre aîné, puis le dépassa. D'abord choisi, comme lui, par quatre lecteurs, son nom se retrouvait sur la dernière réponse reçue, pour un total de cinq mentions sur 29. Les choix offrent d'ailleurs un éventail plus varié: quatrième Symphonie (choix de deux personnes), premier Concerto pour piano, Concerto pour violon et Requiem allemand.

Bach figure trois fois dans les réponses, avec des oeuvres d'envergures différentes: la monumentale Passion selon saint Matthieu, le groupe de six Suites pour violoncelle seul et l'immense Clavier bien tempéré de 48 préludes et fugues. Ce qui est assez représentatif, comme les deux votes allant à son contemporain Handel, soit à l'inévitable Messie et à l'obscur oratorio Saul.

Mozart serait-il en perte de vitesse? En tout cas, un seul lecteur l'a retenu, mais avec une oeuvre de taille puisqu'il s'agit de la 40e Symphonie, la grande Sol mineur, l'une de ses créations les plus géniales. On ne s'attendait pas à retrouver Haydn bien des fois dans cette liste: il y figure avec l'oratorio La Création, qui reste un excellent choix.

On s'étonne, par contre, de l'absence de nombreux grands noms de l'histoire de la musique: Monteverdi, Berlioz, Chopin, Saint-Saëns, Schumann, Mendelssohn, Tchaïkovsky, Rachmaninov, Bruckner, Debussy, Ravel, Prokofiev, Verdi, Puccini, Wagner, Strauss (les deux: Richard et Johann). Et on note que Mahler, Sibelius et Dvorak sont représentés, non pas par l'une de leurs grandioses symphonies, mais par autre chose: Mahler par le cycle vocal funèbre des Kindertotenlieder; Sibelius par l'intérieur Concerto pour violon; Dvorak par l'obscure Messe en ré majeur, op. 86.

Dieu soit loué, Schubert et sa musique de chambre n'ont pas été oubliés: le Quatuor à cordes Der Tod und das Mädchen, choisi par un correspondant, et le Quintette à cordes en do majeur, choisi par un autre, constituent deux des plus beaux fleurons de notre palmarès.

Comme il fallait s'y attendre, la musique contemporaine n'a retenu l'attention de personne, l'exception qui confirme la règle étant le Concerto à la mémoire d'un ange, pour violon, d'Alban Berg, oeuvre de 1936 qui passe encore mal aujourd'hui. Arnold Schoenberg, professeur de Berg et père du dodécaphonisme, a été rayé de la carte, comme Stravinsky, Bartok, Britten, Messiaen, Boulez et combien d'autres.

En fait, l'oeuvre la plus «récente» de notre liste date de 1941: c'est la septième Symphonie de Chostakovitch, bouleversante description du siège de Leningrad et parfaite illustration de la musique du grand Soviétique.

Jusqu'à présent, tous les choix se défendent, ou presque tous. On comprend mal que l'oeuvre «préférée entre toutes» puisse être la deuxième Rhapsodie hongroise pour piano de Liszt. Le morceau est irrésistible, oui, mais il se ramène à quelque huit minutes dans une production totalisant des centaines d'heures d'écoute. De même, la Chaconne pour violon de Vitali, qui préfigure celle de Bach, constitue un choix extrêmement restrictif.

Mais voilà: nous avons lancé la question, nous avons reçu la réponse! Même réaction devant les deux seuls opéras retenus, Armide de Gluck et Notre-Dame de Schmidt, et devant ce disque intitulé Christmette. Le mot allemand signifie «service matinal de Noël» et le disque groupe des pages de Michael Praetorius et autres dirigées par Paul McCreesh. On peut bien le dire: c'est le choix du facteur d'orgues Hellmuth Wolff, que nous saluons au passage.

Un choix reste cependant une énigme. Le correspondant parle d'un disque de l'arrangeur Hubert Laws intitulé «The Rite of Spring». Rien à voir avec Stravinsky. Plutôt: une Pavanede Fauré «un peu jazzée par Laws» (je cite) et deux concertos de Bach. Recherches inutiles: François de Tonnancour, le chef du rayon des disques classiques chez Archambault et véritable encyclopédie dans le genre, n'a lui-même jamais entendu parler de la chose. C'est tout dire!

Concernant les enregistrements de chaque oeuvre, les choix restent valables, en général: Böhm, Karajan et Munch pour Beethoven, Walter et Furtwängler, Rubinstein, Menuhin et Klemperer pour Brahms, Gardiner, Casals et Andras Schiff pour Bach, Marriner pour Handel et Mozart, Kubelik pour Haydn, Heifetz pour Sibelius, le Quatuor Hongrois et l'équipe Stern-Schneider-Katims-Casals-Tortelier pour Schubert. Mais Baker ne remplace pas Ferrier dans Mahler et je ne vois pas qu'on choisisse Mutter pour le Berg quand on possède au moins deux enregistrements du créateur Louis Krasner.

Les oeuvres préférées de nos lecteurs

BEETHOVEN

Symphonies no 5, no 6 (Pastorale) et no 7

BRAHMS

Symphonie no 4, Concerto pour piano no 1, Concerto pour violon, Requiem allemand

BACH

Passion selon saint Matthieu, six Suites pour violoncelle seul, Clavier bien tempéré

HANDEL

Le Messie, Saul

MOZART

Symphonie no 40

HAYDN

La Création

MAHLER

Kindertotenlieder

SIBELIUS

Concerto pour violon

DVORAK

Messe en ré majeur, op. 86

SCHUBERT

Quatuor Der Tod und das Mädchen, Quintette à cordes en do majeur

BERG

Concerto à la mémoire d'un ange, pour violon

CHOSTAKOVITCH

Symphonie no 7 (Leningrad)

LISZT

Rhapsodie hongroise no 2, pour piano

VITALI

Chaconne pour violon

GLUCK

Armide

SCHMIDT

Notre-Dame

CHRISTMETTE

Dir. Paul McCreesh

LAWS

The Rite of Spring