Après les nombreux concours télévisés de chanson populaire tels que Star Académie et American Idol, après le triomphe du chanteur d'opéra amateur Paul Potts à Britain's Got Talent, voilà que l'Opéra de Montréal se lance à son tour à la recherche de nouveaux talents. La Presse s'est entretenue avec quelques-uns des Pavarotti en herbe qui ont décidé de tenter le coup.

Mis à jour le 10 août 2009
Nathaëlle Morissette LA PRESSE

Grâce à son concours Apéro à l'opéra, l'Opéra de Montréal permettra à des amateurs de chanter ailleurs que... sous la douche, en leur offrant une formation lyrique de six semaines. Le tout se déroulera sous le regard curieux de plusieurs caméras. Les images filmées au cours du processus se retrouveront au petit écran dans un documentaire diffusé sur ARTV.

Ainsi, qu'ont en commun Marie-Pierre Le Guillan, 36 ans, chirurgienne vasculaire, Christiane Marois, 50 ans, enseignante, Sophie Allard, 39 ans, attachée de direction au CHUM, et Francis Bélanger, 25 ans, hôte dans un restaurant? Les quatre ont soumis leur candidature dans l'espoir d'entrer dans les coulisses de l'Opéra de Montréal.

Pour souligner ses 30 ans, l'institution d'art lyrique a décidé d'offrir à des amateurs d'opéra de vivre une immersion à l'intérieur même des murs de la compagnie. En juin, des annonces indiquant en grandes lettres «Talents recherchés» ont été publiées dans les journaux. Les gens intéressés devaient fournir une lettre de présentation, un disque compact sur lequel ils avaient enregistré une pièce ainsi qu'un DVD où l'on pouvait les voir chanter. L'Opéra a reçu 168 candidatures. De ce nombre, 38 personnes ont été retenues et passeront une audition le week-end prochain. Après quoi, six personnes seront sélectionnées. Ces dernières suivront une formation lyrique de six semaines avec des professeurs chevronnés. Au menu: cours de chant, de diction, atelier de jeu d'acteur... Puis, à la fin du processus, une dernière sélection aura lieu pour ne retenir que deux candidats. L'un participera au gala de l'Opéra, en décembre, et l'autre jouera dans Tosca, qui sera présenté en janvier et février 2010.

En plus d'ouvrir ses portes à des amoureux de l'opéra, la compagnie souhaite, grâce au documentaire réalisé au même moment, combattre les préjugés qui existent à propos de l'art lyrique et attirer plus de gens aux spectacles, explique le directeur général de l'Opéra de Montréal, Pierre Dufour. «Ce n'est pas nous qui les avons établis, souligne M. Dufour, mais il y a certains préjugés qui sont liés à notre forme d'art, comme de dire qu'il faut connaître la musique classique pour venir à l'opéra. C'est totalement faux. Avec les surtitres, l'opéra, c'est du théâtre chanté. On n'a pas besoin de connaître tout le répertoire verdien pour apprécier une oeuvre de Verdi. Il faut trouver le moyen de se rendre accessible, poursuit-il. Et la télé est un véhicule de premier plan pour aller chercher les gens dans leur quotidien, pour leur faire découvrir les facettes cachées de l'opéra.»

Des candidats enthousiastes

Pendant ce temps, ceux qui passeront les auditions le week-end prochain s'affairent à préparer et à peaufiner leur prestation. Bien qu'ils soient amateurs, la plupart font partie d'une chorale ou suivent des cours de chant. Certains d'entre eux jouent même d'un instrument de musique.

Entre les salles d'opération de l'hôpital Charles-Lemoyne à Longueuil et ses heures de garde, Marie-Pierre Le Guillan tente de trouver du temps pour répéter. Et comble de malheur, son professeur de chant est en vacances. Qu'à cela ne tienne, cette chirurgienne ne s'en fait pas outre mesure. Elle souhaite être retenue mais ne semble pas vouloir se mettre trop de pression. «Mon but, c'est vraiment d'aller découvrir ces choses-là. Je ne veux pas que mes collègues paniquent et qu'ils pensent que je vais lâcher mon travail après ça!» lance-t-elle en riant.

Pour Sophie Allard, l'occasion offerte par l'Opéra de Montréal est une chance unique de mettre, pour une fois dans sa vie, la musique au premier plan pendant quelques semaines. Cette mère âgée de 39 ans confie que, à l'aube de la quarantaine, le projet arrive à point nommé. Si l'expérience est concluante, souhaiterait-elle se réorienter et se consacrer à une éventuelle carrière dans le chant? «Je ne crois plus tellement aux contes de fées», dit-elle, en ajoutant qu'elle a appris à être prudente avec les années. «Il y a tellement de gens qui ont du talent!»

Joint par téléphone chez lui à Rimouski, Francis Bélanger mentionne qu'il s'agit, pour sa part, d'un rêve de jeunesse. S'il en avait la chance, le jeune homme de 25 ans - qui travaille actuellement dans un restaurant - souhaiterait poursuivre une carrière lyrique: «C'est d'ailleurs mon but.»

Apéro à l'Opéra vise-t-il réellement à recruter de nouveaux talents? Espère-t-on découvrir un nouveau Paul Potts (qui fait carrière après avoir étonné les juges à l'émission Britain's Got Talent)? Le directeur général de l'Opéra de Montréal reste prudent: «Il est toujours permis de rêver, mais nous restons très modestes. L'idée, c'est de donner accès à l'opéra et de donner à des amateurs la chance de suivre une formation à l'atelier lyrique.

«Souvent, on dit que, pour faire un chanteur, il faut entre cinq et 10 ans, rappelle-t-il. C'est sûr que ce n'est pas en six semaines qu'on devient chanteur d'opéra.»

 

Photo: André Tremblay, La Presse

Sophie Allard, 39 ans, attachée de direction au CHUM, estime que le concours est une occasion de mettre la musique au premier plan.