Lorsqu'un immigrant français de deuxième génération visite ses (vrais) cousins dans l'Hexagone, il est souvent pris pour un Québécois de souche. Lorsqu'il rentre au Québec? Il risque d'être perçu comme un Français, malgré son accent traversé par l'Amérique. La musique orientale qui germe chez nous ? Problème similaire ! OktoEcho s'y penche. Et trouve des solutions lumineuses.

Mis à jour le 6 juin 2009
Alain Brunet LA PRESSE

«Au Liban, ma musique est cataloguée occidentale, alors que chez nous, on croit d'emblée qu'il s'agit de musique arabe. Finalement, c'est une musique d'une deuxième génération qui a perdu un bout de son accent!» rigole la directrice artistique d'OktoEcho, après qu'on lui ait suggéré cette comparaison avec l'accent des Français établis au Québec.

 

Maman libanaise, papa francophone de souche écossaise (francisée dans Charlevoix depuis une couple de siècles), Katia Makdissi-Warren a été élevée à Québec.

Études de composition à Québec et à Hambourg, études de musique classique arabe à Beyrouth. Doctorat en composition, sans compter différentes formations sous la direction de Franco Donatoni, Ennio Morricone, Manfred Stahnke et P. Louis Hage. Sa musique est interprétée par différents solistes et ensembles occidentaux et orientaux, tels l'Orchestre symphonique de Québec, l'Orchestre national oriental de Beyrouth, Appassionata, Arraymusic, Ensemble Al-Madiyye.

D'abord et avant tout, Katia Makdissi-Warren est la directrice artistique de l'ensemble OktoEcho, qui favorise la rencontre des musiques du Moyen-Orient et de l'Occident.

Voyez le personnel entièrement québécois: Ralda Salem (voix, nay, composition), d'origine libanaise. Ismail Hakki Fencioglu (voix et oud), d'origine turque. Marianne Trudel (piano et arrangements) et Patrick Graham (percussion), de souche québécoise. Les cordes de Michelle Seto (premier violon), Alexandre Duguay, Annie Guénette, Valérie Belzile (violons), Frédérique Lambert (alto), Carla Antoun (violoncelle), Étienne Lépine-Lafrance (contrebasse), toutes associées aux Violons du Roy.

Les compositions d'OktoEcho sont québécoises et néo-québécoises: Gabriel Evangelista, Alexandre Grogg, Anthony Rozankovic, Rada Salem, Elia Saba, Marianne Trudel et, on s'en doute bien, Katia Makdissi-Warren. Ils s'inspirent des musiques de film, du jazz moderne, de la musique classique de souche européenne, de musiques balkaniques mâtinées d'Orient, de musiques méditerranéennes, turques, maghrébines ou purement arabes.

Percevoir autrement

La démarche de l'ensemble est non seulement de joindre les univers musicaux du Moyen-Orient et de l'Occident, mais d'aller plus loin que la simple juxtaposition. L'idée est de sentir profondément ces deux cultures musicales, et ainsi développer une autre façon de percevoir. Cela s'applique autant pour les compositeurs impliqués dans le processus de création que pour les musiciens qui interprètent cette musique.

Demain soir au Gesù, l'ensemble OktoEcho présente essentiellement la matière d'un nouvel album éponyme réalisé par Paul Baraka, d'origines égyptienne, libanaise et grecque. «Son approche du son n'est pas traditionnelle, d'autant plus qu'il manifeste la sensibilité du compositeur. Lorsqu'on écoute l'album, on a l'impression formidable d'être à la place du chef. C'est large, ça vient nous chercher», pense Katia.

Le projet de ce nouvel album, indique sa protagoniste, remonte à une paire d'années.

«L'idée était de créer un métissage avec l'ensemble des musiciens et des compositeurs. J'avais d'abord organisé quelques rencontres avec les compositeurs afin de leur montrer comment fonctionne le système musical arabe. À leur tour, ils ont amené leur propre vision dans ce contexte. Tous se sont influencés mutuellement. Je trouve d'ailleurs intéressant de voir comment ce style hybride peut se développer à travers différents créateurs et non ma seule écriture.»

«Du point de vue des instrumentistes, poursuit-elle, les musiciens originaires du Moyent-Orient et moi-même avons expliqué aux Occidentaux comment ornementer et sentir la musique à l'orientale. À leur tour, les Occidentaux ont appris aux musiciens orientaux comment tenir leurs parties individuelles dans un contexte polyphonique.»

Tous et toutes, il va sans dire, sortent de cette expérience avec un accent modifié. Il était une fois dans l'Ouest... et dans l'Est.

OktoEcho se produit demain soir, 20h, au Gesù, dans le cadre de la programmation hors-saison du Festival du monde arabe.