Le nouvel album de U2, qui sort dans les prochains jours, illustre à la fois les peurs et les espoirs d'une industrie du disque en crise, entre hantise du piratage et tentatives de diversifier l'offre commerciale pour attirer davantage d'acheteurs.

AGENCE FRANCE-PRESSE

No Line On The Horizon (Island/Universal) sortira vendredi en France et en Irlande, la patrie du chanteur Bono et de son groupe, lundi dans la plupart des pays du monde et mardi en Amérique du Nord. Mais ce disque, l'un des plus attendus de l'année, est déjà disponible en téléchargement pirate depuis plusieurs jours sur les réseaux Internet P2P.

Pourtant, la compagnie Universal avait apparemment entouré cette sortie d'un luxe de précautions. L'album n'avait pas été envoyé aux journalistes, qui avaient dû se contenter d'écoutes dans les locaux de la maison de disques, avant de le recevoir finalement quelques jours avant sa parution.

Des écoutes sous haute sécurité: fin janvier à Paris, les journalistes français avaient dû au préalable remettre à un vigile leur téléphone portable, leur manteau et leur sac.

Mais pour les maisons de disques, tenter d'éviter le piratage équivaut souvent à écoper le Titanic avec un dé à coudre.

Cette fois-ci, selon le magazine Forbes, la fuite est venue d'un site australien propriété d'Universal. Il aurait proposé l'album au téléchargement payant pendant deux heures une dizaine de jours en amont de sa sortie, avant de s'apercevoir de son erreur.

Sur des forums de fans de U2, des internautes ont carrément accusé Universal d'avoir elle-même orchestré cette fuite pour créer un «buzz» autour de l'album, qui aurait de toute façon été piraté à sa parution.

Car les chansons ne sont pas l'unique argument de vente du groupe et de sa maison de disques.

No Line On The Horizon va sortir sous cinq formats et tarifs différents: CD standard, digipack avec accès à un film, format magazine avec CD et revue de 64 pages, format «box» avec CD, DVD, livre et poster, et enfin vinyle.

Cette stratégie commerciale est révélatrice de la volonté des acteurs de l'industrie du disque de diversifier leurs offres envers les consommateurs pour enrayer la grave crise des ventes de CD.

«Aujourd'hui, les artistes répondent beaucoup plus à la demande de leurs fans. Leur nouveau credo, c'est «Payez ce que vous voulez»», avait expliqué à l'AFP Dominique Leguern, la directrice du Midem (Marché international du disque et de l'édition musicale), en janvier à Cannes.

Le dernier disque de Nine Inch Nails en est un exemple éclairant.

Le groupe américain, qui a sorti cet album sans maison de disques, l'a proposé sur son site sous différents formats: téléchargement gratuit de 9 des 36 morceaux, 5 dollars pour télécharger les 36, 10 pour un double CD, 75 pour un produit «Deluxe» et 300 pour la version «Ultra Deluxe» dédicacée.

Selon une étude de ce cas présentée au Midem, les profits ont atteint 1,6 million de dollars en une semaine et cet album est arrivé en tête des téléchargements sur Amazon en 2008, bien que l'offre de base ait été gratuite.

Cette théorie pourrait s'appliquer à No Line On The Horizon, malgré le piratage. «C'est pas parce que j'ai téléchargé l'album que je vais pas aller au magasin pour acheter le collector à 50 euros», assure ainsi un fan français sur un forum consacré à U2.

Enfin, la scène reste rémunératrice. Le groupe, sous contrat avec l'organisateur de concerts Live Nation, devrait bientôt annoncer une tournée.