Bon départ pour le 24e festival Coup de coeur francophone. Ce premier week-end en chanson a donné lieu à de belles découvertes et à une consécration, celle de l'interprète française Zaz, de retour à Montréal après un premier passage remarqué aux FrancoFolies l'été dernier.

Publié le 9 nov. 2010
Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Lancé en grande pompe jeudi dernier avec Wop Pow Wow, hôte d'un sympathique spectacle au vénérable Lion d'or, le Coup de coeur a pris sa vitesse de croisière dès le lendemain, alors que Zaz a fait salle comble au Club Soda.

Zaz (Isabelle Geffroy pour sa maman) passe pour un bel anachronisme. À cause de sa voix - ce trémolo qui roule, le timbre doucement écorché -, elle ramène en 2010 la chanson du siècle dernier avec juste ce qu'il faut de pop variétés moderne (ses chansons composées par Raphaël) pour que sa proposition ne paraisse pas trop poussiéreuse. Tout de même, elle est à contre-courant, à l'envers des modes de la nouvelle chanson française avec son disque intemporel.

Or, nous pouvons confirmer que Zaz touche une corde sensible auprès des mélomanes d'ici. La chanteuse qui a connu un succès foudroyant en France (plus de 400 000 exemplaires écoulés de son album éponyme) avait encore à l'assurer de ce côté-ci de l'océan. D'où ce saut de puce au Québec, trois petits concerts avant de poursuivre sa tournée européenne. Les Montréalais ont répondu en grand nombre, et il nous est d'avis que ça donnera envie à Zaz de revenir bientôt.

Entourée de quatre musiciens, Zaz la gouailleuse devient très intime avec son public. Ses interventions sont naturelles et enjouées, elle nous tutoie même lorsqu'elle chante et qu'on chante avec elle ces chansons accrocheuses qu'on a appris à aimer depuis sa première scène aux Francos. Entre chanson, swing, pop-rock et couleurs tsiganes, la chanteuse s'est fait chez nous son propre bal de fin d'études: Zaz passe le test, le public est avec elle.

Coup de coeur rock

Samedi soir, Fred Fortin a eu plus de mal à remplir le Soda. Balcon désert, mais parterre bien dense, la foule avait envie de se faire brasser la cage.

La formule trio de Fortin a fait le travail, amorcé en première partie par Caloon Saloon. On en aurait même pris davantage, puisque le concert s'est terminé bien avant le coup de 23 h.

Ensuite, direction le Divan Orange pour l'escale abitibienne de la série L'Écho des régions - une excellente idée que ces affiches mettant en vedette le talent d'ici venu de l'extérieur de Montréal.

Rouyn-Noranda et Val-d'Or étaient dans la place: ça refoulait jusqu'à l'entrée, d'où il fallait s'étirer le cou pour apercevoir Michèle O., qui passait après la chanteuse folk-country Chantal Archambault. Ambiance électrique: le honky-tonk de la Michèle a réchauffé les coeurs, elle a offert ses chansons avec l'aplomb d'une vraie pro. Pour la majorité des festivaliers, le dernier groupe de la soirée était méconnu. L'Équipe, quintette punk-rock assez traditionnel dans ses thèmes et ses compositions, a fait beaucoup de bruit, mais l'ensemble paraissait amateur après les performances des deux Abitibiennes.

Allez, on file vers l'Esco, en espérant attraper un bout de Brutal Chérie, autre formation punk qui compte dans ses rangs nul autre que Guillaume Beauregard des Vulgaires Machins. Manque de pot, Bateau noir, le groupe suivant, avait déjà commencé son concert, mais Beauregard était absent, retenu par son premier groupe.

On se marchait sur les pieds à l'Esco, qui baignait dans les guitares électriques de Bateau noir. Très bonne performance: ce groupe-là a pris du galon depuis ses débuts sur scène, en première partie de Malajube. Le rock instrumental de l'ensemble est tout sauf contemplatif: de bons riffs, une rythmique pugnace, ça commande l'attention. Dany Placard, qui squattera l'Esco ce soir et demain, a même été invité à monter sur scène, le temps d'une chanson.