«Y fait pas chaud, même si l'hiver est beau.» Et pour résister à l'envie de sacrer son camp jusqu'au printemps, une bonne gang de spectateurs a assisté, vendredi à l'Astral, au spectacle Chants de Plume que le duo d'humoristes absurdes Les Denis Drolet consacre aux chansons de Latraverse, notamment son fameux Lit vert dont sont tirés les premiers mots de cette critique.

Mis à jour le 1er févr. 2010
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Ce spectacle, le duo en veston brun l'a présenté une vingtaine de fois un peu partout au Québec, notamment l'été passé, sur la grande scène extérieure des FrancoFolies de Montréal. C'est en raison de ce spectacle que Vincent «les dents» Léonard et Sébastien «la barbe» Dubé ont enregistré le très énergique album Chants de Plume, lancé en octobre dernier.

Sur scène comme sur disque, ils chantent toujours à deux voix une vingtaine de chansons de Mononc' Pluplu - pas nécessairement les mêmes sur scène que sur disque, en passant, ce qui ajoute au plaisir.

Et c'est assez justifié, finalement, ce parti pris du chant constamment à l'unisson: pour reprendre le commentaire de mon ami et néanmoins confrère Sylvain Ménard, les deux Denis rappellent les deux personnalités de Plume Latraverse, le boute-en-train en la personne de Vincent Léonard et le bougon (ainsi que la barbe broussailleuse) sous les traits de Sébastien Dubé.

Mais au-delà de cela, il y a l'amour indicible et profond que le duo brun porte au grand Michel Latraverse et à son répertoire. Accompagnés de leur quatuor de musiciens Les p'tits jeunes hommes et de leur «danseur à gogo» Just to Buy My Love, les Denis Drolet chantent Plume avec conviction, avec plaisir et par coeur, parce qu'ils l'ont écouté et aimé sans fin pendant leur adolescence. Et c'est manifestement à deux voix qu'ils ont appris à le chanter.

Des classiques et des gags

Outre certains des morceaux figurant sur leur album Chants de Plume (Rideau, Léon le caméléon, l'étonnante Faux dur (et trouble-fête), Le retour à la terre, l'inénarrable 1837, Chambre à louer scandée par toute la salle, la décapante Mémoire courte...), ils n'ont pas hésité à chanter, au grand bonheur des spectateurs, des morceaux extrêmement connus de Plume (Jonquière, La bienséance, La ballade des caisses de 24, Le rock'n'roll du grand flanc mou, La p'tite vinguienne pis le gros torrieu) et méconnus (Vie d'ange, Le fermier Jean, Ti-Jésus, Ainsi soit-il, Mauvaise herbe bleue, Léopold Gibouleau, Le loup fuck? Fuck le loup et l'extraordinaire Moutonoir). Et ils se sont littéralement défoncés en rappel avec une Bobépine vraiment rock.

Avec pour seul décor un montage de pochettes de disques de Plume (plus un disque de Rocky!), le duo brun entrecoupe évidemment ses prestations musicales de gags absurdes et de sketchs déjantés: vendredi soir, il a été question aussi bien de «Réné Simard» (qui serait en fait un Pokémon...), de Béatrice Picard (qui prêterait de l'argent à Sébastien), du petit chaperon rouge (qui apporte des Craven A à sa mère-grand et à qui le loup crie «Tire la mobylette et la Chevette shinera»...), sans oublier un numéro sérieusement drogué où le danseur Just to Buy My Love est venu, vêtu d'un costume de patineuse artistique rose nanane et de patins à roulettes, nous lancer des beignes pendant que la voix de Ginette Reno chantait «Je t'offrirai des croissants de soleil pour déjeuner»...

Vendredi, la salle - où s'étaient faufilés quelques enfants manifestement bien élevés - réagissait avec un enthousiasme croissant et entonnait à pleine voix bon nombre de la vingtaine de morceaux au programme. Musicalement, c'était plus qu'honnête (ce show ne tourne pas toutes les semaines, et ça s'entend parfois). Mais «chansonnièrement», c'était réussi. Tant mieux, car le grand Plume se fait rare et il faut pourtant que ses chansons continuent à nous brasser la cabane et les idées toutes faites. Une chance que, pour cela, nous avons le soleil, oui, nous avons le soleil... et les Denis Drolet.