«J'ai un amour qui ne veut pas mourir», auraient pu crier les quelque 11 300 fans venus applaudir la pop star britannique James Blunt vendredi soir au Centre Bell. La broue dans le toupet, les yeux grands comme des disques platine, Blunt a encore charmé ses nombreuses admiratrices avec une performance juste assez différente de celle qu'il avait donnée en 2006 au même endroit pour qu'on ne l'accuse pas de redite.

Mis à jour le 30 nov. 2008
Philippe Renaud LA PRESSE

Ainsi, cet émule de Chris de Burgh à la mèche désormais rebelle - rassurez-vous, ses cheveux négligés ne nuisent pas son image de bel homme rose -, en tournée depuis des mois, retrouvait à Montréal un public de fidèles qui se balancent pas mal du fait que ses chansons récentes aient eu moins de succès aux palmarès. Il en va de même de son plus récent disque, All the Lost Souls, écoulé à plus de 200 000 exemplaires au pays, un chiffre remarquable, même si cela ne représente que le tiers des ventes du premier, Back to Bedlam.

 

La dure vie de tournée a, de toute évidence, laissé des traces dans la voix de Blunt, qui la forçait souvent pour atteindre la bonne note (avec plus ou moins de succès), mais elle semble avoir eu l'effet contraire sur son dynamisme. Plus énergique, plus généreux que lors de ses dernières visites - au Saint-Denis en février, au Centre Bell en 2006 -, le jeune auteur-compositeur-interprète a ressassé ses efficaces ballades en réservant une belle surprise pour la fin.

Avec le répertoire qu'on lui connaît, dire que James Blunt a commencé en douceur relève de l'euphémisme. Dans Breathe, on reconnaît l'influence de Supertramp, le rythme dru et doux soutenu par des accords de piano. Un petit «bonsoir!» plus tard, Wiseman, Billy et I Really Want You (une copie presque conforme de You're Beautiful) ont coulé par les enceintes, chacune d'elles accueillie par ces cris, sifflements et mots d'amour avec lesquels la star doit composer, soir après soir...

Tiens, une chanson inédite, prélude à son troisième album, supposons-nous. Comme titre, on aurait pu faire mieux. La ballade s'intitule Love Love Love et ramène le thème qui a fait la fortune du musicien: «It's a lie that sets you free...» chante-t-il de sa voix chevrotante, ici un peu trop noyée sous le piano. Encore une ballade pop parfaite, la recette appliquée à la perfection: un air qui se retient instantanément (on dira ce qu'on voudra, Blunt est un sacré bon mélodiste), un thème universellement accrocheur et une interprétation qui a de l'âme.

Le traditionnel point fort de la performance, No Bravery, chantée seul au piano - sa meilleure chanson, inspirée de son service militaire au Kosovo - rappelle combien Blunt a du charisme, combien cette affection qu'on lui porte n'est pas volée. Ce n'est qu'après que la soirée a vraiment commencé à lever: «J'ai chanté des chansons de misère depuis le début, concède-t-il, rieur. Ce n'est pas le cas pour celle-là...»

La belle surprise!

Give Me Some Love sonnait la charge, avec rythme. Plus tard, Out of My Mind se prête au jeu de la chanson à répondre, et personne ne se fait prier pour y participer. Lorsque, plus tard, il reprend Coz I Love You (de Slade), il saute de la scène, traverse le parterre au pas de course et trouve refuge sur une petite scène tout au fond, près de la console de son, où on lui a installé un piano.

La belle surprise! Autour de la toute petite scène, juste à ses pieds, un deuxième concert. Il y offre I'll Take Everything et, surtout, son classique Goodbye My Lover, et toutes les fans visent la star de leurs appareils photo et téléphones portables.

De retour sur scène, la foule encore debout, il offre trois dernières chansons, dont l'incontournable You're Beautiful et Same Mistake. Trois derniers petits tours au rappel, la grande finale avec 1973 - le grand succès de son second disque -, et des milliers d'admiratrices s'en sont allées avec des rêves pour les quelques prochaines nuits...