C'était soir de rentrée montréalaise pour Boom Desjardins, venu hier nous présenter les chansons d'On se ressemble tant, son deuxième album studio paru plus tôt cette année, et «détruire la barrière entre l'artiste et le public», a-t-il promis...

Mis à jour le 6 nov. 2008
Philippe Renaud LA PRESSE

Ah! La barrière entre l'artiste et son public. Mystérieux concept métaphysique, réduit en poussière hier soir, devant nos yeux et nos oreilles, au fur et à mesure que Boom Desjardins déployait des trésors d'imagination pour inviter des spectateurs sur scène et s'immiscer lui-même dans la foule.

 

Blague à part, l'intention était assurément honnête, mais les procédés mis en oeuvre plutôt banals: chanter Ce que tu veux dans le parterre, au début de la seconde partie, ou inviter une fan sur scène pour jouer de «l'oeuf» dans un segment intitulé La Minute de gloire! Banals, voire inutiles: Boom Desjardins est déjà un livre ouvert. De barrières, dans son cas, il n'y a point.

À l'époque de La Chicane, puis en jouissant du fulgurant succès de son premier album solo (éponyme, lancé il y a quatre ans), le chanteur du quotidien avait déjà dévoilé sa vie à ses fans. Il réussit mieux que quiconque dans le métier à nouer sur scène un lien entre l'auditoire et lui grâce à ses nombreuses interventions désarmantes de candeur et de naturel. Hé, son nouvel album (et la tournée) s'intitule même On se ressemble tant! Que rajouter de plus?

Il est comme ça, Boom. Il en fait juste un peu trop. Ça sautait aux oreilles dès Un peu pressé, première chanson de la soirée. Abus de trémolo dans la voix (qu'il a de singulière et chaleureuse, n'en doutons point), des notes de trop à la fin de ses rimes, beaucoup de syllabes incompréhensibles, transformées en grognements. Mettez ça sur la proverbiale glace à briser en début de concert, mais l'émotion n'était pas encore juste. C'était déjà trop.

Or, les meilleures interprétations de la soirée furent les plus intenses, justement là où le trop était requis, où le chanteur se sent prêt à déchirer sa chemise, ce qu'on l'imagine faire à chaque fois que la radio nous relance Juste pour voir le monde (l'une des plus chaudes ovations de la soirée), Tu peux partir, Viens donc m'voir, et bien sûr l'incontournable Calvaire, tubes musclés qui ont fait sa renommée.

L'auteur-compositeur-interprète de Val-d'Or a également profité de son tour de chant pour souligner ses 10 ans de carrière, évoquant, ainsi qu'il le fait dans tous ses concerts, le répertoire de son ancien groupe La Chicane qui l'a rendu célèbre auprès des amateurs de chanson québécoise soft-rock.

Le public réuni dans l'intimité du Théâtre Saint-Denis 2 a bu chacune de ses chansons, vibré au rythme de la ballade (plus souvent qu'autrement), du rock-pop et du country façon honky-tonk, peut-être le passage le plus réjouissant de la soirée. Parce que Boom n'avait plus besoin d'être Boom le temps de ces La Taverne et 6 h 15, il n'avait qu'à sortir sa guitare et s'amuser, point, preuve qu'il n'est pas nécessaire de fomenter des plans abscons visant à éradiquer la barrière entre l'artiste et son public pour s'amuser.