Vingt-quatre ans seulement, et déjà le monde qui s'ouvre à sa voix suave. Sans trop de mal: Michael Kiwanuka sent le hit à plein nez après le succès mondial de la nouvelle diva soul Adele, pour laquelle il a d'ailleurs assuré la première partie en tournée l'automne dernier.

Publié le 24 mars 2012
Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Au bon endroit, au bon moment, le jeune chanteur soul britannique était à Montréal cette semaine pour présenter son premier album Home Again.

«En janvier 2011, je commençais à enregistrer les pièces de mon premier EP [lancé en avril dernier], et retournais en studio tout de suite après. Mon premier concert en formule duo, avec mon bassiste Peter, c'était il y a exactement un an. Et là, je me promène, l'Allemagne, Austin il y a quelques jours, Montréal aujourd'hui pour la première fois, pour le lancement de mon premier album. Je suis content: les gens semblent bien accueillir mon travail.»

Ray-Ban sur le nez, caché du soleil devant les portes grandes ouvertes du Jello Bar par cette dernière journée d'avant-goût d'été, Kiwanuka affiche un air tempéré, prend avec un sourire contenu la mesure du chemin accompli depuis un an à peine. «Je joue de la guitare depuis l'âge de 13 ans, compose depuis 16, et me consacre sérieusement à ce métier depuis que j'ai 20 ans. Ça semble faire longtemps, mais j'ai encore à m'y habituer», dit-il.

Ce n'est pourtant que le début de ce qui a déjà l'allure d'une grande aventure: il a été nommé l'artiste le plus prometteur de 2012 par des membres du business britannique réunis annuellement par la BBC (comme Adele en 2008) et on le verra à l'affiche des grands rendez-vous musicaux de la planète jusqu'à l'automne. Au Festival de jazz, qui aurait été l'écrin parfait pour ce nouveau joyau de la soul contemporaine? Non, c'est Osheaga qui a mis le grappin dessus.

De vous à moi, ça fera changement d'entendre enfin une voix masculine prendre les ondes d'assaut avec du bon vieux soul. Kiwanuka est très conscient de l'intérêt renouvelé qu'on porte à la soul depuis l'émergence d'une certaine Amy Winehouse. «C'est une bonne chose de pouvoir compter sur les collègues, des contemporains qui, comme moi, font un peu la même musique. Il y a une vague, c'est sûr, et je suis heureux de pouvoir en profiter».

La musique afro-américaine, c'est le pain quotidien de ce jeune Britannique, né et élevé dans le nord de Londres, élevé avec son frère dans une famille modeste originaire de l'Ouganda. «Mes parents ne sont pas musiciens, mais ils nous encourageaient à pratiquer la musique en dehors de nos études», dit-il.

La soul occupe une place unique dans le coeur des Britanniques depuis plus de 50 ans, depuis que les férus de Blue Eyed Soul, mode ayant pris racine à Manchester, vouait un véritable culte au son classique des Motown et Stax, jusque dans les années 80.

«Mais il n'y a jamais vraiment eu de star black de la soul britannique, commente-t-il. Personne de chez moi dont je pouvais m'inspirer - ce n'est pas pour rien que toutes mes idoles sont américaines. Des artistes qui jouent de la guitare et savent chanter la soul», les Jimi Hendrix, Sly Stone ou encore Bill Withers - la première comparaison qui nous saute aux oreilles en entendant la première fois les chansons douces de Kiwanuka. «Aussi, les jeunes musiciens black d'Angleterre jouaient beaucoup d'autres styles musicaux. C'est un peu pour ça que, ado, j'écoutais plutôt la musique américaine des seventies.

»

Withers, comme son jeune adepte, c'est d'abord un timbre. Mûr, viril même dans ses nuances. Puis, un style de composition qui se fond dans la pop et le folk; Kiwanuka a la voix un brin plus souple que celle de Withers, des compositions aussi pop, mais pourvu d'arrangements nettement plus légers et ondulants.

«La chanson d'amour est un mal nécessaire en musique. J'en écris, bien sûr, mais je m'efforce d'explorer d'autres thèmes», dit celui qui se destinait d'abord à devenir musicien de session avant d'être repéré par des chasseurs de talents de Communion Records (Mumford&Sons). Le diamant brut Home Again, par exemple, transporte l'auditeur jusque dans les rues de Londres. Ce qu'il n'aura pas l'occasion de faire souvent au courant de la prochaine année, croit-il: «Mes prochains mois seront très occupés, je vais visiter un tas de villes pour la première fois. J'ai hâte.»

Home again, de Michael Kiwanuka