Vingt-quatre petites heures après avoir illuminé Madonna à la mi-temps du Super Bowl, les Montréalais de Moment Factory s'attelaient à la tâche de magnifier le roi incontesté du rap new-yorkais, Jay-Z, pour son premier concert au Carnegie Hall. Un pari réussi, mais semé d'embûches...

Yves Schaëffner, collaboration spéciale LA PRESSE

Smokings et petites robes bustier, casquettes de baseball et espadrilles Nike: la foule à l'entrée du tout premier concert-bénéfice de Jay-Z au Carnegie Hall, un des temples de l'élite new-yorkaise, était pour la moins bigarrée lundi soir. Tellement que les employés de l'illustre salle avaient reçu la rare consigne de passer tout le monde au détecteur de métal, incluant les banquiers de Tribeca.

Si la salle avait déjà entendu d'autres choses que des notes de Debussy ou des fugues de Chopin (Wyclef Jean et Mos Def y ont déjà joué), c'était la première fois que Jay-Z, un quasi-demi-dieu à New York, s'y produisait. Pour le rappeur qui a grandi dans une citée HLM miteuse de Brooklyn, l'événement était plus que symbolique.

Les Montréalais de Moment Factory qui se sont vu confier la tâche d'habiller visuellement les deux concerts prévus lundi et mardi en étaient pleinement conscients. Et leurs sobres complets noirs cachaient mal leur fébrilité avant que le premier show ne débute. «On n'a eu accès à la salle qu'à 11h ce matin pour pouvoir commencer à tester l'équipement et les images!», confiait Éric Fournier, producteur et partenaire de Moment Factory.

À titre de comparaison, l'équipe responsable du mini-concert de Madonna au Super Bowl avait eu une bonne semaine pour pouvoir répéter sur place. «Mettons que le show avec Jay-Z compte parmi les plus "dernière minute" qu'on a eu à préparer», avouait Éric Fournier.

La bonne nouvelle? Des spectateurs qui se sont levés de leur siège dès les 30 premières secondes jusqu'aux critiques du New York Times et du Wall Street Journal, il semblerait que tout le monde a adoré ce concert hors norme. Mieux encore pour Moment Factory: «L'équipe de Jay-Z nous a dit qu'il était très content du résultat», a précisé Éric Fournier le lendemain du premier des deux concerts.

Tout un défi

Pour les Montréalais, cette réussite est d'autant plus importante que la salle datant du XIXe siècle n'a pas du tout été conçue pour leurs projections d'avant-garde. L'arrière de la scène est tout en courbes et aucun espace n'avait été prévu pour leurs 12 volumineux projecteurs. Si bien qu'ils ont dû réquisitionner trois loges afin de les placer. Des loges qui se détaillaient jusqu'à 15 000$ chacune pour ces deux concerts-bénéfice!

Accompagné d'un orchestre d'une quarantaine de musiciens et vêtu d'un chic smoking, avec pour accessoire une bouteille de champagne qu'il buvait au goulot, Jay-Z a fait preuve d'un rare talent pour réconcilier les différents univers qui se télescopaient dans la mythique salle.

Ses morceaux, qui évoquent tout aussi bien des deals de drogue que le triomphe de la détermination devant l'adversité, ont pris une dimension universelle lundi soir. Impressionnantes, les projections de Moment Factory n'ont fait que magnifier cette idée.

Des ahurissantes vues aériennes de Manhattan en passant par les impressionnantes lignes géométriques reprenant l'architecture de la salle pour mieux la déformer, les trouvailles des Montréalais ont réussi à exalter encore plus le parcours du rappeur. Maintenant, il ne reste plus qu'à imaginer ceux qu'ils auraient pu faire s'ils avaient eu plus de temps...