Une chose est sûre. Depuis la sortie en France de Blonde, son second album, à la mi-novembre, Coeur de pirate reste dans le peloton de tête de la chanson française. Le fait qu'elle soit en nomination aux Victoires de la musique est déjà un signe important. Mais ce n'est pas le principal.

Louis-Bernard Robitaille, Collaboration spéciale LA PRESSE

Le plus important, c'est que depuis la sortie de Blonde, la tournée en France de Béatrice Martin est menée en trois temps - les mois de décembre, puis mars, puis mai - à un train d'enfer et comptera pas loin d'une quarantaine de dates au mois de mai prochain. En début de tournée, elle a fait salle comble le 8 décembre au Bataclan, l'une des salles moyennes les plus branchées de Paris, avec ses mille places. On a donc rajouté une soirée le 19 mars au Casino de Paris, qui affiche complet avec ses 1400 places. Cerise sur le gâteau, on a de surcroît réservé le Zénith (6500 places) pour le 9 mai. Or, le nombre de chanteurs français capables ces jours-ci de remplir le Zénith se compte sur les doigts des deux mains au maximum. C'est en soi une consécration et une confirmation.

Dans ce contexte, la nomination aux Victoires (le 3 mars prochain) dans la catégorie «Album chanson de l'année» est en soi un joli succès, qui entretient la flamme dans le public. Si notre juvénile blonde remportait le trophée, ce serait un véritable exploit, d'autant plus que dans cette catégorie, ce sont les professionnels qui votent.

Or, Béatrice a contre elle trois concurrents de poids, qui vendent nettement moins de disques qu'elle, mais qui bénéficient d'un énorme coefficient de sympathie dans le milieu: Hubert-Félix Thiéfaine, vétéran de la chanson d'auteur, Catherine Ringer, ex-Rita Mitsouko, un duo mythique, et Camille, chanteuse très tendance et sophistiquée.

Camille, qui jouit d'une énorme cote d'amour dans les médias sophistiqués, a vendu 50 000 exemplaires de son album sorti l'automne dernier. Selon des calculs comparables. Coeur de pirate en est à 90 000. C'est un démarrage moins spectaculaire que le précédent album, qui a fini à 400 000. Deux mois après sa sortie, Blonde n'est plus «que» 31e dans les listes de vente. On est assez loin des meilleurs vendeurs, tels Laurent Voulzy (200 000) ou Julien Clerc (150 000), sortis également à l'automne, mais on reste à portée de vue d'une grosse vedette comme Bénabar (120 000). Sachant qu'après l'incroyable succès de Comme des enfants (400 000), les ventes d'un second album sont généralement inférieures, les professionnels estiment très prometteurs les succès actuels de Blonde, qui devrait continuer de vendre à plein régime au moins jusqu'à la fin de sa tournée française, à la fin du mois de mai.





Un avion furtif...

Sur le plan médiatique, le parcours de Béatrice Martin est plutôt atypique. Il s'apparente à ces avions de combat dits furtifs qui venaient frapper sa cible mais en restant invisibles. Apparue comme une météorite à l'été de 2009, jeune fille surdouée de 19 ans qui écrit et compose ses chansons, qualifiée de «lolita perverse» par certains médias, elle a depuis le début tous les atouts en main pour attirer les médias.

Jusqu'à maintenant, elle en a joué de façon très subtile en se montrant beaucoup là où il fallait - internet, réseaux sociaux, événements culturels chics - mais en parlant le moins possible. Sauf erreur, elle n'a donné pratiquement aucune véritable interview. Il y a un an, un journaliste de Paris Match venu l'interviewer à Québec l'avait trouvée plus que réservée. Dans des émissions de télé très branchées, comme le Grand Journal de Canal plus, elle est venue chanter, sans plus. Un Taratata, grande émission musicale en direct, a été enregistré il y a une semaine pour diffusion après la mi-mars.

Mais en tout cas, elle a évité à ce jour quelques redoutables talk-shows - ceux de Ruquier, Ardisson ou Fogiel entre autres - où les questions peuvent devenir assez rapidement inquisitoriales ou méchantes. «On essaie de la protéger au maximum, car elle est jeune et ç'a été très vite», disait-on dans son entourage l'année dernière. En revanche, certains se sont étonnés de découvrir dans le très chic L'Officiel Hommes paru à la mi-décembre, une dizaine de photos très esthétiques et raffinées dans le style Helmut Newton, talons aiguille, guêpière, menottes en or, etc. Séance photo passablement provocante, mais qu'aucun média français à date n'a commentée (ou remarquée?). Dans son entourage, on fait comme si l'on n'était pas au courant, ou à peu près. Ou comme s'il s'agissait de photos de promo dans Tricots pour tous.

En France, Coeur de pirate est une voix et une image. Peut-être un fantasme. Furtif.

Photo André Savaria, tirée de L'Officiel Hommes

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