Ce premier soir de 2010, Lhasa de Sela a succombé à un cancer, et la mort fauchait alors un de nos plus beaux talents venus d'ailleurs. Celles et ceux qui ont été bouleversés par cette disparition se souviennent de ce ciel densément enneigé pendant des heures. Deux ans plus tard, les amis de Lhasa estiment que le temps est venu de lui rendre un hommage à sa mesure, intitulé La route chante, présenté le 6 janvier au Rialto.

Alain Brunet LA PRESSE

Le ciel a chanté Lhasa le soir qu'elle a joint l'Au-delà, la route la chantera, celle qui a marqué la sono mondiale de ses trois albums.

À l'orée du week-end de Noël, Patrick Watson reçoit des journalistes à son atelier. À ses côtés, Bïa, Dan Seligman, Mario Légaré, Brad Barr, Mischa Karam (le frère de Lhasa), tous artisans de ce concert hommage. Ensemble, ils passeront la première semaine de janvier à peaufiner cette commémoration. Parmi les autres amis et proches collaborateurs prévus au programme: Yves Desrosiers, Sarah Pagé, Arthur H, Marie-Jo Thério, Jérôme Minière, Thomas Hellman, Katie Moore, on en passe.

Pat Watson nous prévient d'abord: «Il sera très difficile d'atteindre la grâce de Lhasa et ainsi rendre justice à sa vision. Sachant que ce qu'elle voulait, elle le voulait obstinément. Et... on n'aura jamais précisément si elle aurait voulu d'un tel hommage!»

Pour notre hôte comme pour toute la bande mise à contribution, il a été difficile d'imaginer un événement à la mémoire de Lhasa.

«Nous avions tous le sentiment de marcher sur des oeufs, pour ensuite réaliser qu'il valait mieux faire comme elle le faisait. C'est-à-dire prendre le temps de bien sentir les choses avant de les exprimer. La responsabilité nous revient à tous, incluant sa famille et les promoteurs de l'événement.»

Parcourir le répertoire

Mischa Karam, qui fut très proche de sa frangine, corrobore: «Il n'y avait pas lieu de brusquer ni forcer quoi que ce soit. Il fallait plutôt se rapprocher de ce qu'elle aurait voulu. C'est pourquoi tout a été fait à son image: l'organisation, le recrutement, le rythme de travail, le Rialto qu'elle aimait dans ce quartier qu'elle habitait. Un tel concert est difficile et exige beaucoup de force. Il fallait aussi faire le deuil avant de retrouver l'intensité nécessaire.»

Pendant un moment, nous raconte-t-on, il fut question de présenter cet hommage pendant la dernière édition de Pop Montréal, ce qui ne fut pas le cas. «Question de disponibilité... Peut-être serait-ce finalement plus propice en janvier», résume Dan Seligman, directeur artistique de Pop et dont l'organisation participe à la mise en oeuvre de La route chante. Le titre de cette soirée hommage, d'ailleurs, évoque celui d'un carnet de récits qui y racontent sa quête - éditions Textuel, 2008.

Au programme? Pat Watson, qui a eu l'idée de La route chante avec David-Étienne Savoie (manager de Lhasa) ne cache pas son intérêt pour la matière du dernier album (Lhasa) auquel il a participé. Et qui, selon lui, n'a pas assez été joué sur scène pour les tristes raisons qu'on sait. Il convient que l'intention initiale était de parcourir le répertoire de la chanteuse. Le répertoire choisi, assure pour sa part Mischa Karam, comprendra aussi des chansons tirées des deux autres albums - La Lhorona et The Living Road. Ainsi, cette Route chante et se pave au fur et à mesure que l'inspiration pointe à l'horizon. Le processus, d'ailleurs, ne sera achevé que le soir du 6 janvier, au terme d'un cycle intense de répétitions.

«Les gens restent vivants tant qu'on pense à eux. Bien sûr, Lhasa n'a nul besoin de nous pour que des dizaines de milliers de personnes pensent à elle et je suis heureuse qu'on se retrouve entre admirateurs et proches qui l'aimions tant», souligne Bïa, qui fut très amie avec Lhasa et qui l'a aussi fréquentée en Europe à l'époque où les deux artistes vivaient dans la région de Marseille.

Mario Légaré, qui fut de la première équipe de Lhasa et qui demeure un fervent admirateur, est heureux de participer à l'hommage. Cela étant, le bassiste sait bien que toutes les équipes de la chanteuse ne peuvent être réunies. «Impossible d'avoir tout le monde, souligne-t-il. Certains veulent être de la partie, d'autres préfèrent ne pas se présenter sur scène pendant que d'autres sont retenus à l'extérieur. Chacun vit son deuil à sa façon.»

Partage de la mémoire

Patrick Watson conclut à un grand partage d'amitié à la mémoire de Lhasa. «Nous ne voulons rien d'autre que de transmettre le plaisir d'interpréter ses chansons, apprécier le contact des musiciens qui l'ont côtoyée, ressentir sa présence. Célébrer Lhasa bellement, simplement.»

Joint à Paris au lendemain de cette rencontre, Arthur H se dit non sans humour le «plus meilleur ami français» de Lhasa. C'est pourquoi il fera la grande traversée afin de se joindre à l'orchestre de la famille élargie. Il compte chanter quelques titres de la disparue et aussi interpréter Dis-moi tout, qu'il a écrite pour elle dans le cadre de son album Baba Love.

«Il y aura plein de musiciens magnifiques dans cette aventure. Ce sera très collectif, personne ne va se la jouer solo. On sera vraiment tous ensemble, on aime tous Lhasa et on sera heureux d'être là. C'était quelqu'un de très inspiré et de très inspirant. Sans peur, elle explorait de nouveaux paysages, de nouveaux espaces. Du coup, elle te prenait la main, t'emmenait avec elle.»

Du coup, la route chantait...

- La route chante, un hommage à Lhasa, est présenté au Rialto le vendredi 6 janvier, 20h.