Il assurera la première partie des Black Eyed Peas au Stade de France. Il est l'auteur du tube de l'année en France, repris à sa suggestion par Kanye West. Mais Stromae est un artiste autodidacte qui a les deux pieds sur terre et qui a donné ses chansons à d'autres avant de les garder pour lui. Entrevue avec l'artiste belge qui donnera son premier spectacle officiel à Montréal dans le cadre des FrancoFolies.

Publié le 18 juin 2011
Émilie Côté LA PRESSE

Il est né à Bruxelles. Son père est rwandais, sa mère est belge. «À l'âge de 12 ans, j'étais attiré par les percussions. Mon instrument préféré, c'était la batterie», raconte Stromae (maestro en verlan).

La musique a raccroché le jeune indiscipliné. «On menaçait de m'envoyer en internat», raconte-t-il.

Son initiation au rap s'est faite naturellement. Après tout, «le rap, c'est des percussions avec des mots».

Alors que Stromae décortiquait ses chansons en mettant des leçons de composition en ligne - filmées de son ordinateur dans le studio maison de sa chambre à coucher -, on lui a demandé d'écrire de la musique pour d'autres. «C'était une signature en édition avec Because Music et Kilomaître. À l'époque, je n'étais pas intéressé par les paroles.»

Stromae a écrit quatre «instrus», comme on dit dans l'Europe francophone, pour l'album À l'ombre du show-business du rappeur français Kery James. «C'est ça qui a fait mon histoire, dit Stromae. Personne ne me connaissait.»

Disons que cette collaboration a fait le début de son histoire. Après avoir aussi prêté sa plume musicale à la chanteuse Melissa M, Stromae a largué une bombe en 2009: le tube Alors on danse. C'était l'an zéro de sa carrière.

Entre le rap et la musique électronique, Alors on danse séduisait l'oreille par le texte presque parlé et sa voix qui évoque celle de Gaëtan Roussel de Louise Attaque. «Le ton, entre chanson et déclamation, est venu naturellement, car je fais du rap, j'utilise la voix avec la rythmique des mots.»

Ce titre lui a permis de sortir un premier album, intitulé Cheese, au début de 2010. Avec son corps longiligne, son look geek-chic et sa culture musicale, Stromae a plus à offrir qu'une jeune star à numéro. Les téléspectateurs ont pu constater la finesse de son esprit, l'hiver dernier, sur le plateau de Tout le monde en parle. «Ce n'est pas aussi dur que les émissions françaises», dit-il.

Stromae, dont le succès d'Alors on danse est inespéré - Kanye West a accepté la proposition d'en faire un remix -, garde les deux pieds sur terre. «Il faut écouter les gens qui ont vécu ce genre de phénomène. Tu dois te concentrer sur ton travail et tes proches. Qui dit que demain, ce ne sera pas fini, dit-il. L'idée est de pousser le live pour que le public connaisse le reste de l'album.»

«Comme une drogue»

Stromae assurera la première partie des Black Eyed Peas au Stade de France. «Ce sont de bonnes nouvelles, mais ça fait peur. Je me dis: quand ça va arrêter, je vais être en dépression. C'est comme une drogue. C'est de l'adrénaline.»

Pour l'instant, Stromae n'a pas de raison de s'inquiéter. «Il y a des demandes en Inde, au Mexique et au Brésil. J'ai la volonté de faire le tour.»

Mais son coeur reste à la maison. «On a tellement peu l'occasion de se poser que ce n'est pas le studio qui me manque, mais m'emmerder à Bruxelles. Plus je m'éloigne de Bruxelles, plus je l'aime.»

Stromae se dit honoré de faire un premier «vrai concert» à Montréal au Métropolis, ce soir. Cet hiver, lors de sa tournée promotionnelle, il avait seulement fait une prestation de 20 minutes au Radio Lounge.

«Je déplace tout l'univers visuel», dit Stromae, qui dit jouer les acteurs avec ses deux musiciens sur la scène.

Stromae, au Métropolis, ce soir à 21h. Avec Numéro# en première partie.