Il est l'ancien directeur des opérations pour M pour Montréal, le fondateur du GAMIQ et du Bang Bang, et maintenant l'instigateur d'un fabuleux projet qui prendra forme du 9 juin au 9 juillet, au Centre Pierre-Péladeau, avant de se promener dans plusieurs villes de la province. Il s'agit du Musée du rock'n'roll du Québec, dont la première exposition replongera le public dans les premiers balbutiements du rock québécois, de 1956 à 1964.

Mis à jour le 19 avr. 2011
Émilie Côté LA PRESSE

«Cette partie de l'histoire n'a jamais été écrite», souligne Patrice Caron.

À l'époque où il était rédacteur en chef du Bang Bang, Patrice Caron avait eu l'idée d'une sorte de Wikipédia de l'histoire du rock'n'roll du Québec. Ensuite, il a pensé louer l'ancien local du mythique magasin de disques Dutchy's, sur le boulevard Saint-Laurent, pour présenter différents groupes et artefacts de l'époque. «C'est le disquaire qui a changé ma vie», signale-t-il.

Mais après des mois de recherches, Patrice Caron et son équipe (composée notamment du chercheur Félix Desfossés et du commissaire Éric Ayotte) se sont rendus à l'évidence que leur projet de musée était devenu trop ambitieux pour les dimensions d'une boutique. «On a décidé d'y aller dans un esprit muséologique en étant chronologique dans le temps», raconte-t-il.

En 1956, c'est Carmen Déziel qui a enregistré les premiers titres rock'n'roll au Québec, avec des reprises en français de chansons d'Elvis, Mes souliers bleus (Blue Suede Shoes) et Ne sois pas cruel (Don't Be Cruel).

«Au début, le rock'n'roll était un style de musique comme les autres et c'était l'affaire d'artistes de cabaret plus vieux qui faisaient des reprises. Il a fallu attendre 1957-1958 pour que des jeunes groupes rock arrivent», relate Patrice Caron.

Les Little Richard et Chuck Berry, qui se mettent à avoir du succès aux États-Unis, ont une incidence sur le rock made in Québec, avec des influences de Doo-Wop et de Surf & Twist. Puis il y a eu les Beatles, «qui ont remis les compteurs à zéro».

Au tournant des années 60, Roger Miron et Denis Pantis ont connu un grand succès. «Denis Pantis était un Dieu. Après, il est allé dans la production et il a signé les trois quarts des artistes au Québec (...) De son côté, Roger Miron a fondé les disques Rusticana.»

Au total, l'équipe du Musée du rock'n'roll du Québec a répertorié 150 groupes et artistes, que ce soit les Sultans, le Jaguars, les Jerolas, Les Mégatones,The Fabulous Kernels (groupe de Gerry Boulet), Irène McNeil, etc. Les chercheurs ont fouillé les journaux et les magazines d'époque comme Dis-Q-Ton, en plus d'avoir accès aux archives personnelles de Roger Miron, et d'avoir la collaboration du chercheur Alex Taylor, du journaliste Jean-Paul Sylvain, de l'historien Richard Baillargeon et du collectionneur Camille Fradet.

«Au Québec, on s'est développé un style rock qui nous est propre avec la langue et les origines country. On avait l'un des seuls rock'n'roll du monde avec de l'accordéon», note Patrice Caron.

Intitulée D'Elvis aux Beatles: la naissance du rock'n'roll au Québec 1956-1964, de Marcel Martel aux Jaguars, l'exposition aura lieu du 9 juin au 9 juillet au Centre Pierre-Péladeau. Il y aura également un spectacle hommage à une douzaine d'artistes «immortels», le 19 juin, au Club Soda. Dans une soirée animée par André Lejeune avec Sunny Duval comme chef d'orchestre seront honorés les Jérolas, 3 clés, Mégatones, Carmen Déziel, Léo Benoît, Beau-Marks, André Lejeune, Arthur Cossette (Les Jaguars), Bob Davies, Billy Mason, Hal Willis et Roger Miron.

«Il y aura ensuite une tournée de l'exposition à travers le Québec, possiblement à Rouyn, Sherbrooke, Québec...» indique Patrice Caron, dont l'équipe du musée travaille sans subvention (ce vendredi, un spectacle-bénéfice est organisé au Divan orange avec Sunny Duval et les Revenants).

L'École du rock'n'roll

Comme si le musée n'était pas assez, Patrice Caron lance aussi cette année l'École du rock'n'roll, un camp de jour destiné aux jeunes de 5 à 14 ans «sans l'aspect: t'es une vedette et tu vas passer à la télé».

À partir du 27 juin, chaque camp d'une durée d'une semaine inclura des initiations à différents instruments, ainsi que des ateliers de sérigraphie, d'enregistrement, de montage vidéo et de promotion web sur le site Bandcamp. «Il y aura aussi du mentorat avec des groupes et un spectacle le vendredi soir», souligne le directeur de l'école.

Le lieu? La Boîte à musique, rue Ontario Est.

Pour plus de détails sur le musée et l'école: www.museedurocknrollduquebec.com

www.ecoledurocknroll.com

En rafale



> Les membres du groupe montréalais The Stills ont annoncé leur séparation par voie de communiqué, la semaine dernière.

> Lady Gaga a dévoilé la pochette de son album Born this way, hier. La chanteuse y apparaît comme une «fille de bicycles centaure», sa tête étant le prolongement d'une moto.

> James Murphy, chanteur du défunt groupe LCD Soundsystem, a confirmé sur Facebook qu'un DVD était en production sur le tout dernier spectacle que LCD Soundsystem a donné au Madison Square Garden, le 2 avril dernier.

Suggestion de la semaine



Suggestion d'une lectrice, mais aussi du magazine français Les Inrocks, le groupe montréalais Code Pie vient de sortir son troisième album, Love Meets Rage. Difficile de comprendre pourquoi il n'y a pas eu davantage de promotion et de visibilité pour ce groupe d'ici: Code Pie sert de l'électro-rock-pop rêvasseur et accrocheur, aux arrangements qui ne sont pas sans rappeler ceux de Broken Social Scene. Prêtez-y une oreille au www.codepie.com

Sorties de la semaine



> La caverne, Malajube

> L'existoire, Richard Desjardins

> Bubblebath & Champagne, France D'Amour

> La tête à l'envers, Cécile Hercule

> L'avocat du yab, Dany Bédar

> The Fall, Gorillaz