En 2007, on a eu vent de ce groupe à la sortie de Faker Death, un album de huit chansons modestement réalisées. Néanmoins prometteuses pour la grande liberté qui y prévalait. On a dû attendre plus de trois années avant la sortie de Too Beautiful to Work, excellent album lancé jeudi par The Luyas à la Sala Rossa.

Mis à jour le 26 févr. 2011
Alain Brunet LA PRESSE

En s'informant davantage sur The Luyas, on a eu tôt fait de réaliser que la trajectoire de ses membres était plus qu'enviable.

Le claviériste Mathieu Charbonneau a été débusqué au sein du groupe Torngat, tout comme le corniste Pietro Amato, un natif de Montréal qui a aussi joué dans le Bell Orchestre, à l'instar du batteur et percussionniste Stefan Schneider qu'on avait d'abord repéré dans le groupe de jazz contemporain [Iks]. Originaire de Montréal, la chanteuse Jessie Stein s'est produite au sein de SS Cardiacs alors qu'elle vivait à Toronto. Comme tant d'artistes attirés par la créativité inhérente à la scène montréalaise, elle est rentrée dans sa ville d'origine. Dès lors, elle a prix contact avec Pietro Amato pour lui faire part de son désir de travailler avec lui dans le cadre d'un «projet spécial».

Vu les activités parallèles de Pietro et Stefan, le premier album des Luyas a mis du temps à voir le jour, ses activités sur scène n'ont pas été intenses jusqu'à la sortie de Too Beautiful to Work.

«Au début, rappelle le batteur, The Luyas se retrouvaient lorsque Pietro et moi n'étions pas en tournée avec le Bell Orchestre. Or, la pause du Bell Orchestre sera beaucoup plus longue cette fois (deux de ses membres, Sarah Neufeld et Richard Parry, font aussi partie d'Arcade Fire), et The Luyas constituent désormais une priorité pour nous tous.

Too Beautiful to Work est le fruit d'une réalisation soignée du Torontois Jeff McMurrich, également propriétaire du label Idée Fixe sur lequel l'album a été lancé. Qui plus est, de prestigieux collaborateurs ont participé à l'album - notamment les violonistes Owen Pallett et Sarah Neufeld, considérée comme membre «externe», ou encore le réputé multi-saxophoniste Colin Stetson.

Par un beau jour de février, The Luyas se sont présentés à quatre dans un café de la Petite Italie. De cette heure passée avec eux, on retiendra surtout cette observation: voilà un autre groupe indie qui aspire à mêler avantageusement l'audace conceptuelle au caractère viscéral d'une bonne chanson.

«Nous voulions faire des choses qui viennent du coeur, des compositions assez simples, explique Jessie Stein. Des mélodies assez faciles à comprendre, des arrangements plus bizarres. Quand j'ai commencé à aimer la musique, c'étaient vraiment les chansons et leur interprétation passionnée qui me touchaient. Ça reste plus important que d'avoir une esthétique propre», fait valoir la chanteuse et auteure-compositrice.

«Rien n'y est intentionnel, tient-elle à souligner. Lorsque nous avons démarré The Luyas, nous étions dans d'autres groupes déjà implantés, nous voulions d'autant plus y éviter les règles.»

Sous l'angle référentiel, Mathieu Charbonneau apporte des précisions qui s'ajoutent aux observations sommaires - culture rock, culture folk, notions d'avant-garde contemporaine, bruitisme, minimalisme américain, etc.

«L'originalité d'un groupe vient en jouant, dit le claviériste. Ça émerge entre nous. En nous laissant influencer par nous-mêmes. Naturellement, ça part de là. Si la mélodie est forte, si la chanson coule de source, les arrangements collectifs viennent facilement.»

«Il faut jouer ce qui nous est propre, de renchérir Pietro Amato. Il faut trouver ce que chacun peut apporter à une chanson. Il faut jouer en termes de Mathieu, de Stef, de Jessie ou de Pietro. Dans cette même optique, chacun peut jouer de plusieurs instruments.»

Jeudi à la Sala Rossa, le concert-lancement de Too Beautiful to Work a été le point de départ d'une longue tournée qui mènera The Luyas aux quatre coins de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Une année assez intense en perspective, prévoit Pietro Amato: «Bien sûr, la performance live sera plus énergique et présentera de nouvelles pièces, mais je ne prévois pas de gros décalage entre le studio et la scène.»

En tout, le quartette compte une vingtaine de chansons originales à son répertoire, précise Mathieu Charbonneau: «L'album était fini depuis longtemps, nous avons eu le temps de composer depuis.»

Et pourquoi The Luyas?

«Pour rien», tranche Jessie Stein.

Il fallait s'en douter...

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TOO BEAUTIFUL TO WORK

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