Samedi soir dernier, nous étions une dizaine d'amis montréalais au spectacle que Jimmy Hunt donnait à Sherbrooke, ville natale de plusieurs d'entre nous.

Émilie Côté LA PRESSE

Le spectacle a eu lieu dans une microbrasserie, le Boquébière. Aucune chaise n'était libre et l'endroit était bien rempli. Vérification faite, il y avait près de 100 personnes. Jimmy Hunt et ses musiciens étaient en grande forme. En d'autres mots: bonne musique, bonne soirée et belle ambiance.

Cela a réjoui un ami d'Ottawa, qui était allé voir le spectacle de Jimmy Hunt dans la capitale nationale, le 18 novembre dernier, où seulement 20 spectateurs s'étaient présentés.

«À Sherbrooke, Jimmy Hunt a eu le front du Voir», indique Marie Létourneau, responsable des relations de presse de Grosse Boîte.

Comme la musique est une science inexacte, il est difficile de savoir pourquoi tel spectacle fonctionne dans une ville et moins dans une autre. À Ottawa, Jimmy Hunt se produisait un jeudi et non pendant le week-end, mais on a fait mention de son spectacle au Téléjournal de Radio-Canada.

D'un autre côté, l'effervescence entourant Jimmy Hunt est tellement grande à Montréal, les critiques si unanimes sur la grande qualité de son album éponyme, qu'il est difficile pour un «514» de comprendre pourquoi trop peu de gens ont profité de son passage à Ottawa.

À Sherbrooke, son spectacle n'avait pas lieu dans une salle comme le Granada ou le Vieux-Clocher, mais dans une microbrasserie, le Boquébière. Au cours des derniers mois, les Lake of Stew, Random Recipe, Bernard Adamus, Chinatown et Radio Radio sont passés par le Boquébière, qui a pris la relève du Téléphone rouge, défunt repère indie-rock de Sherbrooke qui a fermé ses portes en janvier dernier. Cela a été le berceau du mouvement appelé «Sherbrooklyn», dont les ambassadeurs sont Misteur Valaire et La patère rose. Il est désolant de voir que l'endroit a dû mettre la clé sous la porte malgré le potentiel que présentent les clientèles étudiantes de l'Université Bishop's et de l'Université de Shebrooke.

En d'autres mots, l'industrie du spectacle n'est pas toujours facile à l'extérieur de Montréal pour les artistes qui n'ont pas l'appui des radios commerciales.

Plusieurs facteurs sont à considérer, souligne l'ancien journaliste du Voir Éric Parazelli, qui travaille maintenant comme consultant en tourisme à Tourisme Abitibi-Témiscamingue: la promotion (publicité et entrevues des artistes dans les médias régionaux) et le fait que les salles et les bars ne vont pas toujours de pair avec les artistes à l'affiche.

Des groupes populaires comme Loco Locass et Les Trois Accords qui se produisent dans une salle pluridisciplinaire subventionnée (places assises, pas d'alcool), ce n'est pas l'idéal, même si la salle peut accueillir 800 personnes. À l'inverse, un propriétaire de bar peut hésiter à présenter un petit groupe prometteur pour ne pas déplaire aux habitués. Bref, il manque autant des clones du Métropolis que des plus petites salles comme la Sala Rossa.

Sandy Boutin, imprésario du groupe Karkwa et président-fondateur du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, met actuellement la touche finale à une étude portant sur les spectacles de musique émergente dans la province, réalisée auprès de 35 lieux de diffusion. Résultat: les spectacles de musique émergente ont représenté près du quart de l'offre totale au Québec en 2009 et ont attiré 50 000 spectateurs, âgés en majorité de 18 à 25 ans.

L'un des faits saillants de l'étude: «Dans les bars-spectacles en région, la qualité du son et des installations techniques n'est pas toujours là», souligne Sandy Boutin. Il peut manquer de moniteurs ou les éclairages peuvent être déficients, «ce qui ne rend pas service à l'artiste».

«Il y a des régions plus actives que d'autres, ajoute-t-il. Le Bas-Saint-Laurent, la Montérégie, la Gaspésie et l'Abitibi, par exemple.»

Avec les résultats de l'étude, subventionnée en partie par le ministère de la Culture, Sandy Boutin et son équipe veulent demander au gouvernement provincial d'aider financièrement des salles situées à l'extérieur de Montréal, de façon à ce qu'il y ait des «normes techniques minimales», «réparties également sur le territoire». Il existe des bourses de tournée, mais il faut trouver d'autres solutions pour que les lieux de diffusion bonifient les cachets remis aux musiciens.

Sandy Boutin lève son chapeau aux petits bars et diffuseurs qui ne sont pas subventionnés et qui invitent des artistes par simple intérêt pour la musique. Mais alors qu'il cite en exemple le Cabaret de la dernière chance, à Rouyn, il se désole qu'une salle comme L'Azile de Joliette n'existe plus, car ce café-bar en faisait beaucoup pour la relève.

L'intégrale de l'étude que Sandy Boutin pilote sera dévoilée au cours des prochains mois.

En rafale

> C'est avec l'étiquette Dare to Care Records que Marie-Jo Thério sortira son prochain «projet artistique», intitulé Chasing Lydie. Un album double «parsemé d'archives sonores et de poésie farouche», annonce-t-on.

> Coldplay lancera une chanson de Noël demain, sur iTunes, intitulée Christmas Lights.

> C'est Courtney Wing qui est le chanteur invité de la prochaine soirée Nocturne du Musée d'art contemporain, qui aura lieu vendredi. Dès 17 h, les détenteurs de billets auront accès à toutes les salles d'exposition, avec une musique d'ambiance et un service de bar, et le spectacle débutera à 21 h.

Sorties de la semaine

> Sold-out capitalisme de Géraldine

> Le ciel de mes combats d'Éric Lapointe

> The Beginning des Black Eyed Peas

> Only One Flo de Flo Rida

> Glee the Music (Vol. 4)

> Trauma : chansons de la série télé d'Ariane Moffatt

Suggestion de la semaine

Groupe électro-rock de Brooklyn, Small Black fait des chansons sombres d'inspiration eighties, aux sonorités «jeux vidéo» inventives et originales. Pour amateurs de sons doux et atmosphériques qui grouillent, qui évoquent un certain spleen. (www.myspace.com/smallblacksounds)