Après avoir conclu sa tournée Sentiments humains par deux concerts donnés plus tôt cette semaine aux FrancoFolies, Pierre Lapointe se lance maintenant dans une série de concerts solos, prélude à une prochaine année marquée par deux « projets secrets «.

Mis à jour le 19 juin 2010
Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Le solo, ça s'apprivoise, foi de Lapointe. La première tentative, c'était il y a quatre ans au Théâtre Maisonneuve, pendant les Francos, justement, lors de l'inaugurale affiche «pan-francofolle» réunissant sur scène la Française Jeanne Cherhal et le Belge Saule.

 

«Oh, ça a duré 15 ou 20 minutes seulement, pas plus», évoque Pierre Lapointe. Seulement 15 minutes, mais 15 très étranges minutes... «Ça a créé des malaises parce que j'avais tout changé à la dernière minute. Je ne suis pas du genre à préparer des interventions entre les chansons. Les spectacles à la Broadway, avec le grand sourire, ça m'ennuie...»

Imprévisible, la performance solo de Lapointe? Chaque spectacle sera différent, comme ce fut le cas l'automne dernier au Lion d'or, pendant le Coup de coeur francophone, alors que la scène devenait une sorte de labo pour l'artiste qui, dit-il, n'avait «jamais voulu faire un show solo pour toutes sortes de raisons, mais surtout parce que ça me stressait trop...»

La meute le rassure. Il faut dire qu'avec un orchestre de la qualité de celui qui l'accompagne depuis son premier album, il y a de quoi se sentir en confiance. Ceux-ci seront mis en congé, le temps que cette tournée solo se termine - d'ailleurs, le guitariste accompagnateur (et auteur-compositeur-interprète) Philippe B accompagnait Salomé Leclerc sur scène, en première partie de Gaëtan Roussel, la semaine dernière; il collaborera à l'enregistrement du premier album de la recrue à l'automne.

Bref, le solo, ça le met sur les nerfs, le cher Pierre. «Au début de ma carrière, surtout, se rappelle-t-il. Chaque fois que je refais ce spectacle solo, je redécouvre - ou plutôt, je découvre quelque chose. Ce n'est pas qu'une version épurée de mon show.»

Ce spectacle, il y pense pourtant depuis trois ans. «Au Coup de coeur francophone, c'était le test. J'y allais prudemment, pour voir comment j'allais trouver ça. Avec la réponse du public, à la suite de ma propre expérience, ce que j'ai constaté, je me suis dit que je pouvais aussi aller plus loin avec ce show-là. Ça reste un spectacle en découverte, et j'aimerais qu'il reste comme ça. Je veux qu'il se développe, qu'il reste longtemps vivant.»

Ses voeux seront exaucés: une cinquantaine de représentations sont à son horaire (les dates devraient être annoncées pour la rentrée). Pendant sa performance, Lapointe expérimente encore, revisite même des chansons presque oubliées: «J'ai fait l'exercice de réécouter les premières chansons que j'ai faites», l'une d'elles, L'été, ayant même été éditée sur la compilation Un design sonore de Monique Giroux, parue ce printemps.

«C'est très étrange, les chanter aujourd'hui avec le recul, ajoute Lapointe. Blaster une chanteuse pop en disant qu'elle est moche, je me dis qu'il fallait avoir du guts! Aussi, je crois que ça fait du bien aux gens de voir combien j'ai beaucoup d'autodérision pendant ce spectacle. Je n'ai pas d'ego, contrairement à l'image que je peux dégager... Tout est dans le contrôle et l'abandon, lorsqu'on est seul comme ça, sur scène.»

Quant aux projets secrets, pas moyen de lui tirer les vers du nez. Seule concession: «Ils n'ont pas nécessairement un lien avec la carrière que je mène, avec Pierre Lapointe en tant que tel.» Ça sent la trame sonore, tiens. «Hmm, on ne sait pas», dit-il en ricanant. «J'ai déjà prêté ma musique pour un film, mais... oh! , comme c'est plate, j'ai un rendez-vous...»

Pierre Lapointe, seul au piano, ce soir, 20h, au Théâtre Maisonneuve; en première partie: Arnaud Fleurent-Didier.