Le titre de cet article devait être «Elle veut tout», inspiré du succès Je veux tout d'Ariane Moffatt. C'est la chanteuse elle-même qui a suggéré «Elle a tout»: ça résume parfaitement sa dernière année, exceptionnelle. On en a dressé le bilan en sa compagnie, à quelques jours du spectacle en trio qu'elle donne, les 11 et 12 février, au National. Sur les coeurs, il n'y a pas de prix... Sur la musique non plus.

Mis à jour le 30 janv. 2010
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Une nomination et un numéro au prochain gala des trophées Victoire en France, un spectacle en version trio ici, un prix Charles-Cros pour son troisième disque Tous les sens en Europe, des spectacles en février à Vancouver dans le cadre des Jeux olympiques, l'enregistrement d'une chanson pour chaque épisode de l'émission Trauma, des représentations en France en mars, la première partie de M au Zénith de Paris et des spectacles l'été prochain, à l'Expo universelle de Shanghai, qu'elle fera suivre d'un mois de voyage en Chine... Elle a tout, Ariane Moffatt, mais a-t-elle encore du temps?

 

Quand il le faut, elle en trouve. Ainsi, bien des gens ont apprécié la chanson qu'elle a interprétée lors de l'émission-bénéfice Ensemble pour Haïti le 22 janvier, en compagnie de Nomadic Massive et DobaCaracol (reformé pour l'occasion). Peu de gens savent toutefois que cette chanson, Nap chante pou ou Haïti (Nous chantons pour toi Haïti), a été concoctée en une soirée, dans la ferveur et l'excitation: «Le lundi soir, on s'est retrouvés à 15 personnes chez moi, relate Ariane avec un grand sourire, on a fait une manière de caucus-jam pour la composer; le mercredi, on l'a chantée au spectacle-bénéfice pour Médecins sans frontières; le vendredi matin, on l'a enregistrée (elle figurera sur une compilation au profit d'Haïti) et le soir, on l'a chantée à l'émission de télé! Ça a été une expérience extraordinaire pour moi, tu ne sais pas à quel point: on a pu transformer l'impuissance en quelque chose de vibrant...»

Quelque chose de vibrant, c'est aussi ce qui se dégage de la jeune auteure-compositrice-interprète, assise devant un déjeuner qu'elle engouffre joyeusement. «Je pense que je n'ai jamais eu autant de plaisir à faire de la musique, explique-t-elle. J'ai envie d'en profiter... Je prends toujours la musique au sérieux, mais moins la carrière, je suis plus relax. J'ai 30 ans, quoi!» Trente ans et une carrière qui n'a connu aucun temps mort, pas même l'été dernier, alors qu'elle a fait une tournée acoustique avec ses amis musiciens Joseph Marchand (guitare) et Marie-Pierre Arthur (basse) un peu partout au Québec, notamment au festival Pop Montréal (pour en avoir un très chouette aperçu: www.montrealmusic.tv). Ce spectacle, elle le reprend à Montréal à la mi-février: «C'est comme rentrer à la maison. Joseph est la première personne à qui j'ai montré une de mes chansons et j'habitais avec Marie-Pierre quand on étudiait en musique au cégep. C'est un spectacle doux, smooth, avec mes chansons et des reprises de Daniel Bélanger (Imparfait), de Michael Jackson (Man in the Mirror), de Beck (Nobody's Fault but My Own)... Je peux à la fois me reposer sur mes amis et, en même temps, me concentrer au piano, à la guitare: ça me permet de renouer profondément avec la musique, tout simplement. En plus, ces temps-ci, pour la série Trauma, Joseph et moi, on doit toutes les semaines préparer une chanson, une reprise (on a pu entendre jusqu'ici Be My Baby, Everybody Hurts, Les Vieux, en version Ariane) et c'est un véritable cours d'interprétation pour moi. J'apprends, j'aime ça.»

Sa carrière en France

Comme elle a appris à faire confiance à son équipe française, qui a jugé bon de remanier son image (notamment la pochette de Tous les sens) pour favoriser sa carrière en France. «Je pense que je peux le dire aujourd'hui, ce n'était pas nécessaire de refaire la pochette très M avec des instruments colorés, de tourner un clip un peu variétés, alors que le contenu de l'album ne l'est pas. Mais je ne le regrette pas, je me suis offerte à cette équipe qui travaille fort pour moi.» Sur la version française de l'album, on retrouve deux inédites, un morceau en anglais (Never (Let Me Go)) composé avec Yaël Naïm, avec qui Ariane fait une version en duo de Je veux tout: «Je connais Yaël depuis l'époque d'Aquanaute (2002-2003), je pense qu'elle était encore dans la comédie musicale Les dix commandements à l'époque, explique Ariane. Lors d'un spectacle auquel je participais à Paris, à la Maison de la radio, je l'ai entendue chanter et disons que quand tu entends cette voix, tu vas voir c'est qui! On a gardé le contact, je suis allée habiter chez elle parfois. Elle m'épate, Yaël: c'est le genre de fille qui peut préparer à manger tout en composant quatre chansons!»

Désormais, quand Ariane va en France, elle loue un appartement. Dernièrement, elle s'est offert un petit luxe: un logement près de la magnifique place des Vosges: «Je sais que ça peut paraître niaiseux, mais je tripais quand je faisais mon jogging autour de la place des Vosges, c'était comme un petit rêve réalisé, qui me faisait du bien. Et puis, disons que ça compensait pour toutes les fois où j'ai dû transporter mon piano électrique, pas de chariot, dans plein de gares, pour aller jouer dans un magasin FNAC devant 15 personnes!»

Ariane Moffatt Trio, 11 et 12 février, au théâtre National.