On va se dire les vraies affaires: en écoutant distraitement Moran, on peut songer à un autre amalgame Éric Lapointe (la voix) + Kevin Parent et Arthur H (un certain accent) + Roger Tabra (une plume sombre) + Thomas Hellman (le répertoire bilingue) + tout ce qu'on peut imaginer de chanson poétique torturée.

Publié le 16 janv. 2010
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Et puis, et puis, et puis... Et puis, on l'écoute pour de vrai et on ne pense qu'à Moran, point à la ligne. Son deuxième album, Mammifères, a été lancé cette semaine.

Il est tôt et il fait chaud, dans la pâtisserie délicieusement odorante où Moran attend la journaliste. Il est tôt parce que Frédérique, sa petite fille de tout juste 4 mois (et dont la maman est la chanteuse Catherine Major), se réveille dès l'aube, au mépris de la vie nocturne qu'apprécie son père. Mais comme il ne semble pas renoncer aux nuits courtes, Moran est un brin fatigué en ce matin d'entrevue, ce qui ajoute, il faut bien le dire, à son charme.

Car il en a à revendre, du charme, Moran, et il en joue avec grâce. Mais il a au moins autant de talent et on se surprend à écouter en boucle Mammifères, son nouvel album, où des atmosphères musicales à la Cohen ou à la Chris Rea appuient des textes (dix en français, trois en anglais) souvent troublants. «Je crois que j'ai évolué musicalement, explique le chanteur de 36 ans. Sur mon premier album, Tabac (2006), j'avais d'abord fait des arrangements assez flyés, mais j'avais vraiment peur de passer pour un imposteur et j'ai donc tout enlevé pour laisser des arrangements guitare-voix: ça ne sert jamais à rien de tirer sur les fleurs pour les faire pousser plus vite, je le sais...»

Pour le deuxième album, le syndrome de l'imposteur a pris le bord, notamment parce que se sont joints à lui les multi-instrumentistes et coréalisateurs doués Thomas Carbou (musicien français à la solide discographie jazz et instrumentale solo, installé au Québec depuis 2003) et Pierre-Philippe Côté (qu'on connaît aussi sous le nom de Pilou et qui chante sur le dernier disque de DJ Champion, travaille avec Navet Confit et Elektrik Bones, Tomas Jensen, etc.): «C'était important pour moi qu'ils soient aussi chanteurs, explique Moran, qu'il y ait des moods de voix, ça fait moins trip d'ego. On a enregistré et réalisé l'album tous les trois avec les moyens du bord, sans vraiment suivre de mode d'emploi, sans préécrire les arrangements avant d'entrer en studio.»

C'est aussi là, en studio, que Catherine Major est venue prêter sa voix à deux beaux duos, dont Los Angeles, qui n'est pas une chanson d'amour: «C'est une chanson d'amitié, sur la capacité d'admettre qu'on peut avoir besoin d'aide, ce qui n'est pas évident pour moi.» Rien n'est immédiatement évident chez Moran: s'il a un petit côté européen, c'est parce que son père biologique est italien, s'il chante en anglais, c'est parce qu'une partie de sa famille est anglophone, et sous ses allures de chanson d'amour, une chanson comme Troublant parle d'un ami qui s'est suicidé à 18 ans...

Tout n'est pas pour autant lourd ou torturé, sur ce Mammifères sensuel, par exemple la chanson Coffee With the Moon, écrite avec sa fille aînée, Dylan, 11 ans: «elle avait 5 ans, on marchait tous les deux dans la rue. Dylan chante toujours des mélodies improvisées, elle a une voix magnifique, elle a soudain chantonné «papa boit du café, on voit la lune » et c'est devenu une chanson.»

«C'est simple, reprend Moran avec un sourire en coin, quand le titre d'une de mes chansons tient en un mot (Aspirine, Troublant, Lies, Needs, etc.), c'est que j'ai écrit le morceau seul. Quand le titre compte deux mots ou plus, il a été composé en collaboration...» Effectivement, outre Coffee avec sa fille, Los Angeles l'a été avec Thomas Carbou et Toujours encore, avec Christian Mistral.

Les mois qui viennent seront intenses pour Moran: promotion de Mammifères, spectacles, mais aussi blonde qui lance un album en France (Catherine Major doit en effet y sortir son disque), paternité... La voix de Moran vacille à peine pendant l'énumération: il en a vu d'autres. Et puis, il en fera des chansons.

EN UN MOT 

En 2003, âgé de 30 ans, le Québécois Moran apprend à jouer de la guitare et écrit en masse. En 2005, il remporte le concours Ma première Place des Arts, le prix Gilles-Vigneault, un prix Tremplin-Découverte en France, etc. En 2006, il lance son album Tabac, qui reçoit un excellent accueil critique, et il se produit beaucoup sur scène, ici et en Europe. Son deuxième album, Mammifères, a été lancé mardi. 

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