Grosse semaine pour les fans de Johnny Cash et ceux qui méritent de le devenir : deux spectacles en son honneur sont présentés cette semaine à Montréal. Le premier, c'est celui que donnait à La Tulipe, lundi soir et jusqu'à vendredi inclusivement, Shawn Barker, talentueux personnificateur américain - et véritable connaisseur - de Johnny Cash. Baptisé The Man in Black, le spectacle a fait un malheur à Québec cet été (50 000 billets vendus), et avec raison. Très bon chanteur, très bonne présence, très bons musiciens - et, évidemment, très bonne musique : ceux qui aiment l'homme en noir y trouveront leur compte.

Marie-Christine Blais LA PRESSE

En fait, ce spectacle rappelle un train lancé à toute allure : aucun temps mort, un rythme chauffé à blanc, une musique dont la cadence s'emballe à mesure que le spectacle avance, entrecoupé de courts arrêts, à peine le temps d'une chanson un peu plus lente - et encore. Toute l'urgence de Johnny Cash est transmise dans cet spectacle hommage dons la première partie est consacrée aux années Sun Records (soit la décennie 1950), et la seconde à l'ère Columbia (années 60 et 70) et American Recordings (années 90 et 2000) : si ça ne vous dit rien, ce n'est pas grave, dans tous les cas, c'est de la bonne musique.

En deux heures qui filent, pas moins de 30 chansons sont ainsi interprétées avec talent - et humour - par Shawn Barker, dont la voix est franchement impressionnante, de même que l'imitation : mêmes petits coups de tête secs que Johnny, mêmes reniflements de temps à autre, même main gauche se promenant jusqu'à mi-manche de la guitare, même sourire séduisant et séduit quand il chante avec les deux choristes qui personnifient son épouse June Carter. À croire que Cash n'a pas tout à fait quitté la planète.

Que ce soit I Walk The Line quasi au début du spectacle, la véloce 25 Minutes To Go (qui relatent les 25 dernières minutes de la vie d'un condamné à mort), le segment plus acoustique (avec notamment Cry Cry Cry et Get Rhythm), mais aussi Orange Blossom Special (où Barker joue de deux harmonicas, en plus de sa guitare), If I Were A Carpenter ou Jackson en duo avec l'une ou l'autre des choristes, la très énergique et rock heavy Rusty Cage (écrite par Chris Cornell de Soundgarden), le doublé gospel vigoureux (qui mêle Will The Circle Be Unbroken et Daddy Sang Bass), l'hyper-rapide I've Been Everywhere, l'incontournable Ring of Fire ou, au rappel, la très délinquante Cocaine Blues, toutes étaient livrées avec une véritable passion, à fond de train. On soulignera une fois de plus que les musiciens étaient sérieusement bons, et que le guitariste Mike Burns, en particulier, avait un jeu digne de celui du mythique Luther Perkins - qui, en passant, était une des idoles de «notre» Bobby Hachey, comme l'ont réalisé bien du monde hier. Un mot également pour féliciter la qualité des éclairagistes Jérôme Gagnon et Steve Ross et le travail du sonorisateur René Légaré.

Si on ne comprend pas l'anglais, il est vrai qu'un peu du plaisir nous échappe, car l'Américain «Johnny» Barker raconte quelques anecdotes comme le faisait Cash (oui, en anglais seulement). Elles sont toutefois peu nombreuses : ce n'est pas un show chronologique à la «Elvis Story», mais bien un spectacle comme l'homme en noir aurait pu en donner à Montréal il y a 15, 20, 30 ans (rappelons en passant que l'imprésario de Cash pendant des années, Saul Holiff, était Ontarien!).

Et comme le faisait Cash à la fin de sa vie, ce spectacle-hommage attire deux genres de publics : celui qui a connu et aimé le Johnny très country et rockabilly dans les années 50 et 60, et celui qui a découvert le chanteur dans les années 90 grâce au réalisateur rock Rick Rubin. Mais à la fin de la soirée, tout le monde avait le même âge, celui d'apprécier la musique du «Man in Black» tel que recréé par Shawn Barker.

The Man in Black, à La Tulipe jusqu'au 9 octobre. Infos : 514 529-5000.