«C'est fou comme on se ressemble», chantait Corneille hier soir alors que le soleil se couchait sur la Place des festivals. Pendant ce temps, des visages d'humains en noir et blanc étaient projetés sur la façade de la Place des Arts.

Mis à jour le 31 juill. 2009
Paul Journet LA PRESSE

C'est avec la pièce Ensemble qu'il a donné le coup d'envoi à sa Grande Fête multiculturelle et aux 21es FrancoFolies. Une fête qui a pris du temps à devenir festive.

Le cadre d'un grand concert extérieur nous faisait craindre pour sa voix, souvent fragile et peu assurée. Ces craintes se sont finalement dissipées. Sa voix y devenait un instrument parmi les autres de son orchestre : section de cuivre (trois musiciens), section rythmique (batterie et percussions), guitare-basse-clavier et choristes. Le tout complété par de rares cris aigus de la foule, assez nombreuse (du boulevard de Maisonneuve à la rue Sainte-Catherine) sans toutefois être fiévreuse.

Corneille a pris le risque de proposer une nouveauté dès la deuxième chanson. À la guitare, il a entonné En attendant, un extrait de son nouvel album qui doit paraître cet automne. Pas une mauvaise idée. Comme il nous l'annonçait en interview, le nouveau matériel est plus dansant et funk, ce qui convient mieux à sa voix. Le texte, plus direct que métaphorique, rappelle encore une fois le thème de la soirée. «Je ne suis pas Noir, je ne suis pas Blanc, je ne suis qu'un homme en attendant», y lance-t-il.

Pour sa Grande Fête, Corneille misait sur un bouquet d'invités - Luck Mervil, Lokua Kansa, Marie-Luce Béland, Kassav et Sans Pression. Mervil était le premier à monter sur scène, imparable avec ses lunettes d'aviateur et ses roulements de bassin. Avec Corneille, il a chanté Un Africain à New York - adaptation d'un succès de Sting - puis Solitude dans la foule. «Vous êtes mes frères, vous êtes ma chair», clamait-il, avant de transformer sa chanson en Un musicien parmi tant d'autres.

On constate alors que la taille du spectacle sied bien à la nouvelle Place des festivals. L'éclairage permet d'inclure la foule au besoin et on voit bien les projections jusque sur la façade de l'UQAM. Pour le reste, la mise en scène est sobre et l'ambiance repose essentiellement sur le groove assez tranquille de Corneille.

Après 30 minutes, Sans Pression est venu accélérer un peu le rythme de la soirée. Un bonheur de voir le MC apparaître avec son T-shirt X-large de Michael Jackson (pochette de Thriller), casquette blanche et bling-bling doré à son cou. Le niveau d'énergie avait doublé avant même la fin de sa première rime.

«Est-ce que vous êtes chaud ?», s'enquérait-il ensuite. Réponse affirmative de la foule, quoiqu'on ne s'entendait peut-être pas sur la définition du mot chaud. SP était ensuite rejoint sur scène par Cobna pour Coeur de Montréal, pièce festive, mais aussi une des plus convenues de son excellent répertoire.

Après un retour à ses chansons, Corneille invitait un de ses «profs de musique», Lokua Kanza. Avec les seules modulations de sa riche voix, Kanza réussissait à soulever un peu plus la foule. On restait toutefois dans le mid-tempo. L'ambiance intimiste s'est poursuivie avec la soul de Marie-Luce Béland, puis avec les tubes que Corneille interprétait à la guitare. Comme le soulignait un confrère, à une grande fête multiculturelle, on s'attend à une fête. On l'a attendue longtemps, mais elle est heureusement survenue après plus de 80 minutes avec l'arrivée Kassav. Le groupe antillais père du zouk a enfin transformé la soirée. Un plancher de danse était né, une fête aussi. Bon début de FrancoFolies.