Le rock chinois, qui avait flirté il y a 20 ans avec le mouvement pour la démocratie, revit après la glaciation des années 1990, mais les groupes se sont rangés, évitant toute contestation politique.

AGENCE FRANCE-PRESSE

En 1989, une chanson de Cui Jian était devenue l'hymne des étudiants contestataires de la place Tiananmen avant que les militaires ne répriment le mouvement dans le sang.

«Il choquait les gens, il criait, jouait de la guitare acoustique et se produisait sur scène avec des vêtements à la hippie», dit Nimrod Baranovitch, professeur de culture chinoise à l'Université de Haifa et auteur d'un livre sur la musique populaire.

Aujourd'hui, à près de 50 ans, Cui Jian, connu comme le «père du rock chinois», n'est plus le rebelle d'antan qui s'était produit devant les étudiants sur la place Tiananmen. Il est désormais une figure de la scène culturelle chinoise après avoir été interdit de concert dans les années 90.

La leçon a été retenue par les rockers actuels.

«Les musiciens chinois savent qu'il y a des lignes à ne pas franchir», souligne Michael Pettis, propriétaire d'un bar et lieu de concerts à Pékin.

«Tous les CD, s'ils ont une distribution nationale, doivent être approuvés par les censeurs», explique-t-il.

Si la chanson d'un des groupes à la mode, Carsick Cars, s'appelle Zhongnanhai, le lieu où habitent les hauts dirigeants chinois à Pékin, c'est en référence à une célèbre marque de cigarettes appréciée de Mao.

«Cui Jian était une icône parce qu'il disait ce que tout le monde pensait à l'époque», souligne Shen Lihui, responsable du plus grand label indépendant chinois, Modern Sky.

«Mais aujourd'hui, si les musiciens se mettent à chanter ce genre de chansons, personne ne s'y intéressera. Les gens des années 1980 avaient grandi dans les années 1970, et ils avaient subi beaucoup de restrictions, la politique était importante pour eux. Mais maintenant, les jeunes n'ont pas ce genre de restrictions», affirme-t-il.

Dans le même temps, les autorités ont fait preuve de plus de tolérance, ce qui a permis une floraison de lieux de concerts à Pékin, où est concentrée la scène alternative du pays.

«Actuellement, Pékin a beaucoup de groupes talentueux et l'ambiance est très intéressante, il y a beaucoup d'énergie», dit Zhang Shouwang, 23 ans, chanteur des Carsick Cars.

L'Internet a également joué un rôle très important, selon Pettis, également professeur d'économie à l'Université de Pékin.

«Si vous interrogez les musiciens, la plupart vous diront qu'une grande partie de ce qu'ils ont appris provient d'Internet», dit-il.

L'Américain a été tellement impressionné par la vitalité des nouveaux groupes qu'il a décidé en 2006 d'ouvrir son lieu de concert, le D-22, pour y produire les nouveaux talents.

«Nous pensions que nous aurions besoin de trois à cinq ans pour arriver à une scène rock convenable», explique-t-il. «Mais à notre grande surprise cela ne nous a pris qu'un an».