Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre une personnalité qui s'est retrouvée au premier plan médiatique et lui pose 10 questions en lien avec la couverture dont elle a été l'objet. La 11e question provient du public. Cette semaine, dans la foulée du suicide de la jeune Marjorie Raymond, notre journaliste s'entretient avec Jasmin Roy, acteur, animateur et créateur d'une fondation qui porte son nom et qui lutte contre l'intimidation en milieu scolaire.

Mis à jour le 3 déc. 2011
Nathalie Collard LA PRESSE

1. Que peuvent faire les écoles quand elles sont aux prises avec une situation d'intimidation ou de violence entre élèves?

Elles doivent considérer le problème de façon très sérieuse, enquêter et faire le portrait de la situation. Il ne faut pas seulement intervenir auprès de la victime, il faut également s'intéresser à l'agresseur. Quant à la victime, elle doit savoir quelles sont les ressources à sa disposition. Lorsqu'on est victime, on ne sait pas où aller frapper pour dénoncer l'agresseur.

2. Les directions d'école sont-elles assez sévères à l'endroit des élèves coupables d'intimidation?

Souvent, on se contente d'une sanction comme l'expulsion de l'école durant deux jours. Il faudrait aussi montrer à ce jeune des comportements de remplacement. Or, nos écoles sont mal outillées pour montrer ça. Ensuite, lorsqu'on s'est entendu sur des conséquences, il faut les appliquer. Lorsqu'elles sont sévères, le comportement a tendance à se résorber. Mais encore faut-il les appliquer. Et augmenter la sévérité des conséquences quand il y a récidive.

3. Les réseaux sociaux comme Facebook deviennent un amplificateur dans ce contexte. Que peut faire une école pour tenter de maîtriser la situation?

D'abord, organiser des rencontres avec les élèves. Les policiers sont très actifs dans ce domaine et visitent les écoles pour sensibiliser les enfants. C'est gratuit. D'un autre côté, les parents doivent être interpellés, car la cyberintimidation, ça commence à la maison. Il y a un contrôle parental à exercer et, pour le moment, il n'est pas là.

4. Les écoles devraient-elles avoir le droit d'intervenir sur les réseaux sociaux, selon vous?

Franchement, ce n'est pas à l'école de faire ça, à moins que ça se passe à l'école. Quand il y a menace, il faut aller voir la police, c'est à elle de s'en occuper.

5. Vous avez lancé une campagne visant spécialement l'intimidation chez les filles. En quoi est-elle différente de celle entre garçons?

Actuellement, il n'existe pas une seule donnée là-dessus au ministère de l'Éducation. Ce que je sais, c'est que les garçons se définissent souvent par leur force physique, leur capacité à se défendre, alors que chez les filles, ça se joue sur la réputation et l'apparence physique. Il faudrait un portrait clair de la situation, avec des données. Une chose que l'on sait, c'est que la violence est en augmentation chez les filles, elles se battent dans la cour d'école, en plus de se traiter de vache, de chienne...

6. Que pensez-vous de la médiatisation des détails du suicide de Marjorie Raymond, de la publication de la lettre à sa mère, etc. Est-on allé trop loin?

C'était inutile d'aller jusque-là pour se réveiller, mais en même temps, une fois qu'on y est, on peut souhaiter que cela contribue à ce que cette jeune fille ne soit pas morte pour rien. Sa mère est assez exceptionnelle d'aller sur la place publique pour en parler, la plupart des parents dont l'enfant s'est suicidé à cause de l'intimidation n'ont pas cette force.

7. Que pensez-vous de la couverture médiatique jusqu'ici?

Honnêtement, je suis content qu'on en parle. Ce qui me déçoit, c'est le positionnement politique. J'aurais aimé ça qu'on dise: à partir d'aujourd'hui, on va s'en occuper. En Ontario, le premier ministre vient d'annoncer un projet de loi très sévère contre l'intimidation. J'aurais aimé qu'au Québec, on dise: on va mettre sur pied un projet de loi semblable, cela aurait envoyé un signal fort. Pour l'instant, le travail des policiers est très difficile, car il y a un vide juridique autour de l'intimidation. S'il n'y a pas de voies de fait, ils ne peuvent rien faire.

8. Selon vous, que peuvent faire les médias à propos de la question de l'intimidation?

J'aimerais qu'ils s'intéressent au plan d'action gouvernemental pour les années 2008 à 2011. Le gouvernement avait alloué 17 millions de dollars. Où est allé cet argent? Personne ne le sait. J'aimerais qu'on demande les états financiers et qu'on nous dise où sont allés tous ces millions.

9. Selon vous, les parents sont-ils suffisamment informés et sensibilisés quant à la question de l'intimidation?

Non, il y a beaucoup d'ignorance de la part des parents. Ils ne savent pas comment intervenir et créer un lien avec les écoles. Quant aux parents d'agresseurs, ils ne veulent pas voir le problème.

10. Que pourrait-on faire pour les informer davantage?

Peut-être devrait-on lancer une campagne nationale pour informer les gens. Le gouvernement devrait également offrir une formation gratuite sur les réseaux sociaux à tous les parents.

TWITTER+1 Comment «détecter» que son enfant est un intimidateur?

Souvent, des enfants vont avoir des comportements à l'école - pour socialiser et se faire des amis - qu'ils n'auront pas à la maison. Il faut donc en parler et, surtout, écouter les professeurs quand ils nous appellent. Il faut le prendre au sérieux et accepter que notre enfant puisse être sage à la maison et complètement différent à l'école.