Alors que les magazines et les journaux planchent sur la réalisation d'une version numérique ou d'une application qui les fera entrer pleinement dans la modernité, Adrien Bosc, 25 ans, revendique son statut d'artisan. Ce jeune Parisien issu du milieu de l'édition vient de fonder une revue trimestrielle qui va à l'encontre du mouvement ambiant.

Mis à jour le 21 nov. 2011
Nathalie Collard LA PRESSE

Feuilleton, lancé le 22 septembre en France et ces jours-ci au Québec, est vendu uniquement en librairie («parce que les libraires sont des passeurs de mots et d'idées», dit M. Bosc) et publie de longs textes, littéraires ou journalistiques, à mille lieues des infos en 140 caractères.

Le premier numéro propose un dossier sur l'Afghanistan avec, entre autres, un texte signé par la journaliste bien connue Anne Nivat, une nouvelle de Jonathan Franzen (l'auteur de Freedom) ainsi qu'un reportage fascinant de Daniel Mendelsohn sur la numérisation des ouvrages contenus dans la bibliothèque du Vatican. «Il s'agit de textes originaux ou inédits en France et que nous faisons traduire», précise Adrien Bosc, de passage à Montréal la semaine dernière dans le cadre du Salon du livre de Montréal.

Feuilleton s'adresse donc à ceux qui veulent lire des textes plus profonds que ceux qu'on trouve habituellement dans les magazines, dans la tradition d'un Ryszard Kapuscinski, par exemple. L'absence de publicité dans ce premier numéro de 252 pages a toutefois un prix, 26,95$, en échange duquel on peut tenir dans nos mains une publication de qualité, à la mise en page toutefois un peu étouffante. Les textes sont enrichis de liens et de compléments d'information et on y trouve même une recette... Bref, ce n'est pas une publication qu'on lancera au recyclage après usage.

Le jeune directeur de la publication a frappé à plusieurs portes pour financer son projet: Pierre Bergé (actionnaire du quotidien Le Monde, ex-compagnon du créateur Yves Saint Laurent et actionnaire-fondateur de Courrier international) est un de ceux qui ont embarqué dans l'aventure. À la rédaction en chef: Gérard Berréby, patron des éditions Allia. Adrien Bosc insiste sur le fait qu'il est un outsider du monde des médias parisiens et que plusieurs journalistes qui ont couvert la parution de Feuilleton l'ont noté. «À Paris, où tout le monde se connaît dans le milieu médiatique, ça déstabilise. Je ne suis pas là pour demander aux copains de m'écrire une nouvelle pour mon nouveau magazine.» Quant au nom Feuilleton, il vient de la presse allemande. «Feuilleton désigne une section de journal qui traite de la rencontre entre la culture et le débat d'idées», souligne le directeur.

Quelles sont les chances qu'une revue comme Feuilleton fasse sa place au soleil? Adrien Bosc estime que le contexte est à son avantage. «Nous sommes très populaires dans les boutiques de presse Relay des gares et des aéroports. Comme la revue Granta, en Angleterre, ou XXI, en France, notre format est plus long qu'un magazine, mais plus court qu'un livre, donc parfait pour un voyage.»

De manière plus large, Adrien Bosc croit que l'approche de Feuilleton s'inscrit dans la mouvance du slow media, très à la mode ces temps-ci. «En France, on parle d'un nouvel âge de la presse, affirme-t-il. L'arrivée d'un nouveau média radicalise les autres. C'est le même phénomène qu'on observe dans le milieu de l'alimentation, avec le slow food. Il y a actuellement un retour vers l'agriculture urbaine, vers certains métiers comme la boucherie, par exemple. Les jeunes, ceux qu'on appelle les digital natives, ont envie de se reconnecter à une certaine tradition, à un art de faire les choses et à une certaine lenteur aussi. Feuilleton est de cette pensée-là.»

Adrien Bosc ne cache pas qu'il aimerait bien publier des écrivains québécois si la chance se présente. «Je suis très admiratif du travail de Dany Laferrière, lance-t-il. On m'a également parlé de Nouveau projet (le bébé de Nicolas Langelier prévu pour mars 2012) qui me semble s'inscrire un peu dans la même lignée que Feuilleton. Je regarde également du côté du magazine Maisonneuve et, si j'y trouve des textes intéressants, je les traduirai certainement.» L'appel est lancé. D'ici là, un deuxième numéro avec un dossier consacré à l'Afrique, qu'on promet très éloigné du misérabilisme habituel, devrait paraître chez nous d'ici quelques semaines. À suivre dans votre librairie préférée.

Feuilleton

Distribué par le Seuil, 26,96$