Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre une personnalité qui s'est retrouvée au premier plan médiatique et lui pose 10 questions en lien avec la couverture dont elle a été l'objet. La 11e question provient du public. Cette semaine, notre journaliste s'entretient avec François Legault, chef de la Coalition avenir Québec.

Mis à jour le 19 nov. 2011
Nathalie Collard LA PRESSE

1. Depuis lundi, on vous surnomme le candidat «On verra». Que répondez-vous à cela?

D'abord, on m'a posé des questions durant 50 minutes lundi et j'ai répondu «on verra» à quatre reprises, à des questions qui portaient sur l'Action démocratique du Québec. Les gens voulaient savoir si on était d'accord avec deux engagements de l'ADQ: les chèques de 100$ aux familles et le privé en santé. Cela ne fait pas partie de notre plateforme. Maintenant, est-ce qu'il y a des compromis à faire? C'est dans ce sens que j'ai répondu: on verra. Au cours des prochains mois, il faudra travailler à faire accepter un programme électoral par nos membres et il est normal qu'on n'ait pas encore réponse à tout. Alors, ça m'arrivera encore de dire «on verra».

2. Parlant de l'ADQ, les négociations semblent plus difficiles que prévu. Que souhaitez-vous: une union, une alliance ou un mariage forcé?

On regardera la partie technique dans une deuxième étape. Pour l'instant, le plus important, c'est la discussion autour des idées. À propos du privé en santé, je l'ai dit dès le début, ma priorité est de redresser le secteur public. Est-ce que ce serait une bonne idée de lancer des projets pilotes en privé, on en discutera en essayant d'évaluer les bénéfices, mais mon impression, c'est que les problèmes peuvent être réglés par le secteur public. Quant à savoir s'il faut compenser financièrement les familles qui choisissent de ne pas envoyer leur enfant dans un CPE, je suis prêt à en discuter. Évidemment, cela représente beaucoup d'argent et nous sommes dans une situation déficitaire au Québec. Nous n'en sommes pas encore arrivés à une conclusion là-dessus.

3. Vous dites vouloir réparer le système de santé. Comment allez-vous réussir là où tout le monde a échoué jusqu'ici?

La priorité, c'est la première ligne. On est la province où il y a le plus de médecins de famille par habitant, donc suffisamment pour que tout le monde en ait un. Avec une nouvelle formule de rémunération, je crois qu'il est possible que chaque Québécois puisse éviter les urgences et voie un médecin ou une infirmière dans un groupe de médecine familiale. Ensuite, je propose que les médecins spécialistes signent une entente individuelle avec les directeurs généraux des CSSS afin que ces derniers soient plus autonomes. C'est vraiment un problème d'organisation. Si, d'ici cinq ans, tout le monde a son médecin de famille, une grande partie des problèmes du système de santé sera réglée.

4. Quand vous avez quitté la politique, vous étiez impatient, les choses n'allaient pas assez vite. Pourquoi iraient-elles plus vite maintenant?

Quand j'ai refusé de me présenter à la direction du Parti québécois, c'était pour des raisons familiales. Quand j'ai quitté le parti, j'avais l'impression qu'il n'allait nulle part. Il faut sortir du déni, la question nationale ne rassemble pas une majorité de Québécois. Ensuite, je trouvais que le PQ ne proposait pas suffisamment d'idées, qu'il se contentait du rôle de critique. J'étais impatient de faire des propositions même si certaines d'entre elles sont difficiles à défendre, entre autres à cause des groupes de pression. Mais comme chef d'un nouveau parti, je peux me permettre de faire ces propositions sans heurter la stratégie parfois trop électoraliste de certains.

5. Vous avez été décrit comme étant un souverainiste pressé, vous êtes également l'artisan du budget de l'an 1. Aujourd'hui, certains vous reprochent d'entretenir un flou artistique autour de votre position. Vous considérez-vous toujours comme un souverainiste?

Non, je ne me considère pas comme souverainiste, car, à mes yeux, un souverainiste est quelqu'un qui fait la promotion de la souveraineté et je ne veux pas la faire. J'ai été souverainiste dès l'âge de 16 ans et jusqu'à il y a quelques années. J'ai fait tous les efforts que je croyais nécessaires pour stimuler l'intérêt pour ce projet. J'ai finalement réalisé que tant que la confiance ne sera pas rétablie, ce projet ne sera pas possible. Par contre, je veux travailler à rétablir le climat de confiance qui permettra à la prochaine génération de faire un choix entre le fédéralisme renouvelé et la souveraineté.

6. Le terme «coalisé» ne passe pas dans la population. Allez-vous vous résigner à celui de «caquiste» ?

Aujourd'hui, j'aime mieux m'appeler caquiste que libéral. Et puis, peu importe le nom qu'on aurait choisi, il y aurait eu des petits comiques pour faire des jeux de mots. Pour l'avoir testé, je peux dire que le mot coalition est très apprécié au Québec. Selon les linguistes que nous avons consultés, quelqu'un qui fait partie d'une coalition est un coalisé. À partir de là, on espère que les gens utiliseront ce mot, mais cela demeure secondaire.

7. Au Téléjournal, lundi soir, on vous a vu demander à votre équipe: «Qu'est-ce qu'on dit sur les médias sociaux?» Êtes-vous beaucoup à l'écoute de ce qui se dit sur ces réseaux?

Je pense que Twitter est important parce que la plupart des journalistes y sont. Le spin qui est sur Twitter devient important, car il peut influencer les journalistes qui vont écrire les articles et les reportages. Je ne pense pas que ce soit représentatif de ce que pense la population, mais cela peut avoir une influence indirecte.

8. Vous peinez à attirer de grosses pointures au sein de votre Coalition. Est-ce que la CAQ est un one man show?

On a réussi à attirer plusieurs jeunes de 35 à 40 ans. Il y a des jeunes au nom plus connu qui vont s'afficher au cours des prochains mois. Il y a aussi des candidats-vedettes avec plus d'expérience qui vont venir avec nous, mais pour l'instant, ils occupent des emplois qui font en sorte qu'ils ne peuvent pas s'afficher. Ils pourront le faire au déclenchement des élections. Mais je compte beaucoup sur les jeunes et je souhaite que mon parti soit contrôlé par une majorité de jeunes de moins de 45 ans.

9. À propos des jeunes, que pensez-vous de ceux qui campent square Victoria ainsi que du mouvement Occupons Montréal?

Leur message me touche, en particulier celui sur l'écart entre les riches et les pauvres, encore plus grand aux États-Unis qu'ici. La question de savoir s'ils doivent dormir dans la rue, c'est aux villes d'y voir, mais je comprends ceux qui dénoncent les primes, options et salaires accordés dans les banques et les entreprises qui n'ont plus aucune commune mesure avec la réalité. Il va falloir se poser des questions sur la façon de donner l'exemple, peut-être par l'entremise de la Caisse de dépôt, à propos de la rémunération exagérée de certains dirigeants.

10. Quels sont les cinq premiers gestes que vous feriez si vous étiez élu?

Je commencerais à évaluer les enseignants et à mieux les payer. J'entamerais les discussions avec la Fédération des omnipraticiens du Québec pour donner un médecin de famille à chaque Québécois. Je reverrais les objectifs de la Caisse de dépôt pour mettre davantage l'accent sur une économie de propriétaires, en particulier dans le domaine des ressources naturelles. J'améliorerais les services d'intégration des immigrants, en particulier en ce qui concerne la langue et le marché du travail. Et je mettrais en place des règles pour qu'il n'y ait plus de collusion et de corruption dans le milieu de la construction. Je ferais cela dans les 100 premiers jours parce que je me suis rendu compte que plus on avance dans un mandat, plus les gens sont préoccupés par la réélection.

TWITTER + 1 de Stéphane Rivest (@srivest)

Si vous prenez le pouvoir, les riches en feront-ils davantage pour les finances publiques?

Il ne faut pas exclure de demander un sacrifice, une contribution additionnelle aux riches, mais par contre, cela risque d'être plus symbolique qu'autre chose. Ce n'est pas la solution à nos problèmes parce qu'il n'y a pas beaucoup de riches au Québec pour générer suffisamment de revenus afin de régler la question de la dette publique, par exemple. Mais je ne l'exclus pas.