Comment détourner les journalistes et s'adresser directement au public? Facile, il suffit de créer son propre média. C'est ce que vient de faire le Canadien de Montréal en embauchant Évelyne Audet, comédienne et ex-animatrice de Call-TV (une infopub diffusée sur canal V), pour réaliser des entrevues avec les joueurs et les dirigeants du club de hockey.

Mis à jour le 26 sept. 2011
Nathalie Collard LA PRESSE

Ces capsules sont diffusées sur le site habs.tv. Le Canadien n'empêchera pas les vrais journalistes de faire leur travail, mais il y a là une tentative de contrôler le message et de s'adresser directement aux partisans sans passer par le filtre journalistique. Ce n'est pas la seule équipe qui le fait. Allez vous promener sur le web, vous verrez que la plupart des grandes équipes ont leur site web sur lequel on trouve information et entrevues.

Dans le fouillis du web, il faut espérer que les amateurs de sport fassent la différence entre les questions complaisantes posées par une personne embauchée pour le faire et celles d'un journaliste professionnel.

Les clubs sportifs ne sont pas les seules entreprises à vouloir court-circuiter les journalistes pour communiquer avec le public. Les gouvernements et les entreprises aussi aimeraient bien pouvoir contourner le filtre journalistique et s'adresser directement aux électeurs-consommateurs. Or voilà que la technologie le leur permet de plus en plus.

Tous les nouveaux outils de communication, qu'il s'agisse des blogues, des pages Facebook et des comptes Twitter, permettent aux institutions de créer, elles aussi, leur propre «média» de communication. Toujours la même volonté, celle de contrôler le message, de présenter les choses à sa façon.

Le nouvel environnement Facebook, annoncé la semaine dernière au sommet F8 à San Francisco, risque de brouiller davantage les cartes. En effet, au cours des derniers jours, le Wall Street Journal, le Guardian et le Washington Post, pour ne nommer que ceux-là, ont lancé une application qui permet à l'internaute d'aller consulter leurs contenus sans quitter l'environnement Facebook.

Cette offensive de la part des médias traditionnels est logique puisque la plupart des gens passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, surtout Facebook, et moins de temps sur les sites web des médias d'information. Mais cette présence dans Facebook représente tout de même un risque pour les médias d'information. Celui de contribuer au chaos ambiant et d'être noyé dans l'océan Facebook. L'internaute saura-t-il faire la différence entre la page Wall Street Journal, la page Urban Outfitters et la page d'un groupe de pression végétalien? N'y a-t-il pas un immense danger de tout mettre sur un pied d'égalité: l'information, la communication et la promotion?

Au fond, ce n'est pas un hasard si le thème du prochain congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec est «Le journalisme, plus nécessaire que jamais». La compétition n'a jamais été aussi féroce.

Pour ou contre le twivage institutionnalisé?

Le twivage - cette activité qui consiste à regarder une émission et la commenter en direct sur le site de microblogage Twitter - risque-t-il de trop s'institutionnaliser? Spontanée au début (Guy A. Lepage et Dany Turcotte ont commencé de façon improvisée durant Tout le monde en parle), l'activité a été récupérée par les réseaux de télévision qui ont embauché des gestionnaires de communauté pour animer les soirées de twivage.

Déjà, l'an dernier, ARTV et V dirigeaient des séances de twivage durant certaines émissions comme Un souper presque parfait et C'est juste de la télé. Dans le premier cas, l'animation était assurée par une gestionnaire de communauté (Nadine Mathurin, qui travaille aujourd'hui à Radio-Canada) alors qu'à ARTV, certains animateurs twittaient durant leur propre émission (un concept très apprécié des abonnés Twitter).

Cette année, Radio-Canada s'est mise de la partie. Désormais, durant plusieurs émissions de radio et de télévision, des animateurs dirigent la discussion, relancent les auditeurs et posent des questions. Un plus ou un moins?

Personnellement, j'ai l'impression d'un party d'ados interrompu par des parents qui auraient ouvert les lumières du sous-sol trop tôt. Comme si la présence de twitteurs officiels enlevait du plaisir à l'activité. Je ne suis pas la seule à le penser, plusieurs abonnés Twitter m'ont dit éprouver le même sentiment. Le défi des réseaux de télévision: animer des séances de twivage sans briser le rythme de la conversation et sans s'imposer. Pas évident.