Ces jours-ci, les grands réseaux de télévision lancent leur nouvelle programmation à grand renfort de publicité. On essaie de charmer les téléspectateurs et de les convaincre de sacrifier leur précieux temps pour regarder un téléroman, une émission d'affaires publiques, un jeu-questionnaire...

Nathalie Collard LA PRESSE

Le défi est de taille, car le public cible des télédiffuseurs (et des annonceurs) est de plus en plus difficile à rejoindre: d'une part, les jeunes dans la vingtaine préfèrent internet à la télévision et, de l'autre, les 30 à 50 ans sont happés par le tourbillon boulot-enfants-transport qui leur laisse moins de temps pour regarder des émissions les soirs de semaine.

Les réseaux savent bien qu'il devient ardu d'asseoir les gens devant leur écran au moment de la diffusion d'une émission. Il faut dire qu'avec les enregistreurs numériques, on peut regarder notre émission préférée à l'heure qui nous plaît. C'est encore plus vrai avec des appareils mobiles (téléphones intelligents, tablettes, etc.) qui nous permettent de regarder certaines de nos émissions préférées sur TOU.TV ou iTunes, par exemple.

Ce n'est donc pas un hasard si Radio-Canada lance une campagne de twivage (c'est-à-dire tweeter ses observations en regardant une émission de télévision) pour souligner le début de sa nouvelle saison télé, du 11 au 18 septembre. Les téléspectateurs qui souhaitent y participer vont devoir regarder l'émission en direct.

Ces efforts pour fidéliser dans le temps un auditoire qui souhaite être maître de son horaire sont-ils vains? Oui, si on en croit John Clancy, président d'Azuki Systems, entreprise spécialisée justement dans la diffusion de contenus vidéo sur des plateformes mobiles.

Selon lui, le concept de visionnement d'émissions «partout et en tout temps» n'est peut-être pas au point, mais ce n'est qu'une question de temps avant que les téléspectateurs consomment leurs contenus au moment où ils le décident, et non à l'heure à laquelle les réseaux de télévision l'auront décidé.

En entrevue avec le site spécialisé Mashable, il a déclaré que, pour l'instant, un des freins au succès de la télévision sur demande, c'est que l'expérience de l'utilisateur diffère trop d'une plateforme à l'autre pour que le grand public embarque vraiment. Les services, selon lui, doivent être plus personnalisés.

Cette personnalisation de la télévision sur demande repose entre autres sur la possibilité de recueillir et d'analyser des données sur les utilisateurs. Or, cette technologie n'est pas tout à fait au point (bien que certaines entreprises, comme Taboola aux États-Unis, offrent le service pour augmenter le visionnement de vidéos).

Lorsqu'elle le sera, les annonceurs pourront cibler les contenus et la publicité de façon très pointue à partir des données de localisation, de l'historique de navigation et des préférences de chaque utilisateur. Vous aimez les drames médicaux comme Grey's Anatomy? On vous proposera des émissions qui s'y apparentent et qui devraient vous plaire. Vous regardez des émissions de cuisine? On vous proposera peut-être des publicités de livres de recettes.

La télévision permettra également aux utilisateurs de partager davantage leurs expériences. Aujourd'hui, on peut tweeter en direct d'une émission et partager nos impressions à propos d'une émission de télévision en direct. Dans le futur, on pourra, par exemple, proposer des contenus à nos abonnés Twitter et à nos amis Facebook.

Pas de doute, toutes ces innovations à venir annoncent la fin de la bonne veille grille-horaire telle qu'on la connaît aujourd'hui.

Ce n'est qu'une question de temps (des années? des décennies?) avant que Radio-Canada, TVA et d'autres plus petits joueurs deviennent des producteurs de contenus audiovisuels que nous achèterons à la carte. Ce jour-là, la question «as-tu vu ça hier à la télé?» ne voudra absolument plus rien dire...

Médias sociaux à la une

La rentrée marque l'arrivée de plusieurs émissions qui s'intéressent au web, au numérique et aux médias sociaux. L'émission Cliquez, animée par Julie Laferrière, sera diffusée toutes les semaines sur les ondes de TV5 à compter de la mi-septembre. L'émission Sphère, animée par Mathieu Dugal, sera diffusée quant à elle tous les samedis à 16h sur les ondes de la Première chaine de Radio-Canada. Enfin, l'émission Le lab, sur les ondes de Vox, entreprend une nouvelle saison les lundis à 21h.