L'affaire Cantat a débuté il y a une semaine jour pour jour. Elle a commencé avec la publication d'un article qui révélait la venue du musicien sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde, au printemps 2012, à l'invitation du metteur en scène Wajdi Mouawad.

Mis à jour le 11 avr. 2011
Nathalie Collard LA PRESSE

Bertrand Cantat, chanteur du défunt groupe Noir Désir, est tristement célèbre depuis qu'il a été condamné pour l'homicide involontaire de sa conjointe, la comédienne Marie Trintignant. Wajdi Mouawad a confié à son ami la musique de sa Trilogie des femmes de Sophocle. M. Cantat allait également jouer sur scène.

Les réactions, parfois très émotives, du public n'ont pas tardé à fuser sur le site de microblogage Twitter. Allez voir sous le mot-clé #Cantat, vous pourrez y lire des centaines de commentaires publiés au cours de la dernière semaine, certains plus nuancés que d'autres. Même chose sur Facebook et dans plusieurs blogues où les passions se sont déchaînées la semaine dernière.

Le lendemain de l'annonce controversée, c'était au tour des chroniqueurs et éditorialistes des quotidiens de se prononcer, alors que, dans les pages réservées à cet effet, les lecteurs, les intellectuels et les observateurs professionnels y allaient de leur opinion, en plus de 140 caractères, cette fois-ci.

Le même jour, les médias électroniques s'emparaient de l'affaire. On a ainsi pu entendre des commentaires et des débats sur les ondes du 98,5 ainsi que sur la Première Chaîne de Radio-Canada. De Paul Arcand à Pierre Maisonneuve, en passant par Benoît Dutrizac, Paul Houde et Christiane Charrette, tous les animateurs ont consacré une portion de leur émission à débattre des implications de l'invitation faite par Wajdi Mouawad à son ami Cantat.

Bref, on peut parler d'un débat 2.0 qui s'est déployé sur toutes les plateformes et qui a duré plus de 24 heures, contrairement à ce que certains chroniqueurs un peu cyniques avaient prévu.

Un débat qui aura mis en lumière un véritable schisme entre journalistes «officiels» et observateurs-citoyens. Chez les «officiels», en effet, on regardait parfois l'affaire de haut. On a même perçu un certain mépris de la part de quelques chroniqueurs qui parlaient de «madamisation des débats»... Parmi eux, des gens qui se désolent souvent haut et fort qu'il n'y ait pas de débat, justement, au Québec.

Pourtant, voilà une discussion fort intéressante qui avait droit de cité. Qu'est-ce que le pardon, la réhabilitation? Est-ce le rôle d'un théâtre de réhabiliter socialement l'artiste qui a commis un acte criminel? Jusqu'où aller dans l'imposition de ses choix artistiques lorsqu'ils sont en profonde contradiction avec les valeurs d'une société? Il serait malhonnête de dire qu'il ne s'est dit que des grossièretés au cours des derniers jours dans les médias, sociaux et traditionnels. Au contraire. Il s'est posé des questions fort intéressantes et les médias ont joué parfaitement leur rôle, celui de permettre au débat de s'exprimer.

Quant à ceux qui ont affirmé que les Québécois étaient les seuls à s'être indignés du retour de Cantat sur scène, c'est totalement faux. Le retour de Noir Désir en 2008, après la libération de Cantat, a suscité de nombreuses réactions dans l'Hexagone. Un exemple parmi d'autres: sur le site de Rue89, qu'on ne peut tout de même qualifier de média de droite, on pouvait lire: «À Rue89 aussi, d'ailleurs, les débats ont été animés. Un chanteur condamné pour une mort aussi horrible peut-il revenir sur le devant de la scène? Mais après tout, chanter, c'est son métier: de quel droit l'en priver? D'accord, mais cette soi-disant discrétion, ce ne serait pas une stratégie marketing?»

Bref Bertrand Cantat ne laisse personne indifférent, et ce, des deux côtés de l'Atlantique. Le débat, véhiculé par les médias au cours de la dernière semaine, était un débat émotif par moments, c'est vrai. Mais c'est tout de même un débat qui avait sa raison d'être.

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Ça y est, le site de journalisme hyperlocal OpenFile, déjà présent dans plusieurs villes canadiennes, dont Vancouver, Toronto et Ottawa, a commencé ses activités à Montréal. C'est Caroline Boily qui en est la rédactrice en chef. Le fonctionnement est simple: vous suggérez un sujet de reportage et, s'il est jugé intéressant, l'équipe d'OpenFile affecte un journaliste pour l'approfondir. Une fois lancé, un dossier demeure actif, c'est-à-dire que les lecteurs et les journalistes peuvent continuer à l'alimenter au fil du temps. Une approche qui pourrait s'avérer fort intéressante pour toutes les petites histoires de quartier qui n'intéressent pas toujours les grands médias nationaux. Pour en savoir plus: montreal.openfile.ca