Ce n'est pas la première fois que Paul Arcand arrive premier dans la course aux cotes d'écoute radiophoniques. Au cours des dernières années, l'animateur du 98,5 FM et son concurrent, René Homier-Roy, de la Première Chaîne de Radio-Canada, s'échangent le titre de roi des ondes matinales dans la grande région de Montréal.

Publié le 16 déc. 2010
Nathalie Collard LA PRESSE

Ça ne change pas le monde, sauf que... l'animateur de Puisqu'il faut se lever, premier aux plus récents sondages PPM, semblait très heureux, vendredi dernier, lorsque nous l'avons rencontré dans les studios de Corus Québec.

En personne, Paul Arcand n'a rien du redoutable intervieweur qui hausse le ton et interpelle décideurs et politiciens de tout acabit. C'est derrière le micro que l'animateur se révèle. Son style n'a pas tellement changé au fil des ans: direct, combatif, voire agressif. Un peu trop au goût de certains qui sont incapables de le laisser entrer dans leur bulle matinale avant la première gorgée de café.

Conscient de cette étiquette qui lui colle à la peau, Paul Arcand explique: «Je réveille les gens comme j'aimerais être réveillé.» On comprend donc qu'il est adepte de la méthode forte? «Disons que je n'aime pas me faire réveiller avec une cassette, précise-t-il. Quand j'entends le ministre Bolduc répondre la même chose à tous les micros en 24 heures, je trouve que ça n'a pas d'allure. Je ne me lève pas le matin en me disant: «Bon, je vais me chicaner aujourd'hui.» Il y a des matins plus calmes et d'autres où ça brasse un peu plus.»

Avec le temps, certains élus en sont venus à craindre les colères de Paul Arcand. «Oui, c'est vrai, des gens peuvent avoir peur de venir à l'émission, confirme M. Arcand. Mais il ne faut pas sous-estimer le public, qui apprécie quand les élus viennent au bâton pour défendre leurs positions. Quand tu leur sers une cassette ou quand tu te défiles, les gens s'en rendent compte, ils ne sont pas fous.»

Parmi ceux que vous n'entendrez pas au micro de Puisqu'il faut se lever, on trouve le premier ministre du Québec, Jean Charest. «Il ne vient même pas en campagne électorale, souligne l'animateur. C'est à la suite d'une entrevue qui a mal tourné. Depuis, il refuse toutes les invitations. Il est assez rancunier. Cela dit, le ton de l'émission n'est pas toujours le même. C'est une question de dosage. On ne peut pas toujours faire une entrevue comme Josélito ni être en mode bataille tous les matins. Il y a un juste milieu.»

Durant six ans, au début des années 2000, Paul Arcand a animé à la télé une émission de type hot seat (entrevue de confrontation), Arcand, où il recevait les acteurs de l'actualité de la semaine. Songe-t-il à un éventuel retour au petit écran? «J'ai eu toutes sortes de propositions pour retourner à la télé, dont une qui m'intéressait, mais qui m'aurait causé un conflit d'horaires. J'attends quelque chose de stimulant. Je ne veux pas faire de la télé pour faire de la télé. Est-ce que j'aimerais refaire un hot seat? Disons qu'il est devenu très difficile de trouver des gens qui vont venir défendre leurs positions. Pour Jean Charest, c'est plus payant d'aller à Tout le monde en parle... En Angleterre, il est acquis que les élus devront aller défendre leurs décisions dans une émission d'affaires publiques. Ici, on est mal à l'aise avec les débats.»

Si les décideurs sont sur leurs gardes vis-à-vis de Paul Arcand, le public, lui, voit parfois en lui un allié, quelqu'un qui pourrait les aider à régler un problème ou à faire avancer une cause.

«C'est vrai que je reçois beaucoup de courriels, des cas de DPJ, de CSST, etc., raconte l'animateur. Depuis plusieurs mois, je reçois aussi des allégations de corruption d'à peu près toutes les municipalités du Québec. Quand les gens se heurtent à un système, ils ont tendance à se tourner vers les médias, vers des émissions comme La facture, JE, etc. Il arrive que je lise des courriels en ondes quand il ne s'agit pas de cas trop personnels mais plutôt de cas génériques qui toucheront beaucoup de monde. Mais je ne me suis jamais vu comme un justicier ou un défenseur du citoyen. Ce n'est pas mon rôle. Moi, je soulève des questions, je donne un point de vue. Ensuite, les gens penseront ce qu'ils veulent.»

Les sources de Paul Arcand

«Je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur, entre cinq et six heures par jour», avoue Paul Arcand, qui observe les médias sociaux de loin, sans y participer personnellement. «Marie-France Bazzo et Mario Dumont, qui sont tous les deux accros à Twitter, me font des comptes rendus.» Sa consommation médias est vaste et ses choix, plutôt traditionnels: outre les quotidiens québécois et canadiens, l'animateur du 98,5 FM lit, en version papier ou sur le web, Le Monde, The New York Times, les sites d'ABC, CNN, Radio-Canada, etc. Il est abonné au Times de Londres et au Wall Street Journal. Il achète les hebdos français (Le Point, Le Nouvel Observateur, etc.), américains (Time, Newsweek, etc.) ainsi que le Vanity Fair, même s'il trouve qu'il a perdu en qualité depuis quelque temps. À la télévision, il regarde 60 Minutes et Meet the Press. Il passe beaucoup de temps sur toutes sortes de sites, dont le registre des entreprises ou encore Gang Land News (ganglandnews.com), site spécialisé dans les nouvelles concernant la mafia.