Le patron de Radio-Canada, Hubert Lacroix, a décoché quelques flèches à l'endroit de Quebecor, mardi, laissant sous-entendre que l'entreprise montréalaise utilisait ses journalistes pour «salir la réputation» du diffuseur public dans les médias et en cour.

Mis à jour le 7 déc. 2010
Jennifer Ditchburn LA PRESSE CANADIENNE

Les journaux de Quebecor, qui comprennent le Journal de Montréal, le Journal de Québec et la chaîne nationale Sun, ont publié des articles et des éditoriaux attaquant les dépenses de Radio-Canada et critiquant la gestion des demandes d'accès à l'information effectuée par le diffuseur public.

«M. (Pierre Karl) Péladeau et Quebecor sont dotés d'une structure verticale. Ils peuvent utiliser les médias de la chaîne Sun et médire sur le compte de Radio-Canada, et nous nous assurons que l'information soit corrigée lorsque celle-ci est utilisée de façon injuste, à nos yeux», a déclaré M. Lacroix, devant le comité permanent du Patrimoine canadien de la Chambre des communes.

Ce comité se penchait, mardi, sur les impacts des changements touchant la propriété de la télévision privée et l'exploitation croissante des nouvelles plates-formes de visionnement. À cet effet, M. Lacroix a plaidé en faveur de davantage de réglementations, pour éviter que l'intégration plus poussée des entreprises média ne signifie pas une perte de diversité et de choix pour les téléspectateurs canadiens.

Il a également demandé aux parlementaires de s'assurer que les fournisseurs de service câblé ou satellite ne puissent pas favoriser les canaux de télévision qu'ils possèdent au lieu du diffuseur public.

Quebecor est l'une de ces compagnies, offrant des services de câblodistribution, de téléphonie, de télévision et possédant plusieurs journaux à travers le pays.

Hubert Lacroix s'est également exprimé sur la bataille entre les journaux de Quebecor et Radio-Canada sur l'accès à l'information.

Il a souligné que Radio-Canada / CBC avait reçu 400 demandes d'accès à l'information en quelques mois à la fin 2007, de la part d'une firme d'avocats travaillant pour Sun Media. Le diffuseur public et d'autres sociétés d'État sont soumis à la Loi sur l'accès à l'information depuis le 1er septembre 2007.

Quebecor et son agence de presse QMI ont publié une série d'articles sur les dépenses de la société d'État, intitulée CBC Money Drain. Les articles ont également souligné la frustration des journalistes recevant des informations du diffuseur public en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Ces articles et certains éditoriaux sont parus dans les quotidiens de Sun et dans d'autres petits quotidiens en Ontario, incluant dans le Timmins Daily Press, situé dans la circonscription du député néo-démocrate Charlie Angus.

«Je suis inquiet de voir que nous ayons quelqu'un de très hostile envers Radio-Canada / CBC, soit M. Pierre Karl Péladeau, de Quebecor», a-t-il dit.

«Il occupe désormais une position où il possède les journaux. Quebecor contrôle les canaux, et contrôle le marché. Avons-nous besoins de règles simplement pour que nous puissions mettre de côté les motivations politiques personnelles par rapport à l'intérêt public?»

M. Lacroix a avancé que les députés devaient s'assurer que le diffuseur public opère «au même niveau» que les autres distributeurs. Les fournisseurs de services câblés et satellite devraient être obligés de diffuser le signal de Radio-Canada / CBC, a-t-il spécifié.

Sun Media a récemment perdu une affaire en Cour d'appel fédérale contre Radio-Canada / CBC sur la question de l'accès à l'information.

Le diffuseur public conteste également l'interprétation de la Loi faite par le commissaire fédéral à l'information. Radio-Canada / CBC demande une plus large interprétation des exclusions qui protègent les documents sur les activités journalistiques et de programmation du diffuseur public, une cause qu'elle portera en appel après une défaite en Cour fédérale.

Le tout ne s'harmonise pas très bien avec le gouvernement conservateur. Des députés conservateurs ont interrogé M. Lacroix sur l'usage de l'argent des contribuables pour combattre des tentatives d'examiner les activités internes du diffuseur public.

«Il devrait être entièrement transparent parce qu'il appartient au public», a dit Dean Del Mastro, le secrétaire parlementaire du ministre de Patrimoine Canadien, James Moore.

Selon M. Lacroix, Radio-Canada / CBC a répondu à environ 1000 des 1260 demandes d'accès à l'information reçues ces dernières années, mais ne dévoilera pas ses sources journalistiques ou n'ouvrira pas d'enquête sur des dossiers sur lesquels travaille le diffuseur public.