Comme porte-parole, Kory Teneycke faisait un bien mauvais boulot.

Nathalie Collard LA PRESSE

L'ancien directeur des communications de Stephen Harper avait la riposte virulente, utilisait parfois Twitter de façon impulsive et répondait à ses détracteurs sans prendre le soin de tourner sa langue sept fois avant de parler. Résultat: la plupart du temps, il jetait de l'huile sur le feu plutôt que de l'éteindre, ce qu'il a reconnu hier en conférence de presse. Il a avoué qu'il était en partie responsable de la controverse autour du projet de chaîne d'information continue de Quebecor Media.

On peut dire que Tory Keneycke venait de la même écurie que Dimitri Soudas, l'actuel directeur des communications du premier ministre Harper. M Soudas est lui aussi reconnu pour son style agressif (souvenons-nous de son accrochage mémorable avec Steven Guilbeault au sommet de l'ONU sur les changements climatiques à Copenhague, l'an dernier).

M. Teneycke, nommé par la suite chef du bureau des journaux Quebecor à Ottawa, est passé en mode attaque dès son arrivée, en juin dernier. Il a qualifié les médias traditionnels de lamestream medias (traduction de lame: boiteux) et reproché à ses éventuels concurrents d'être ternes et ennuyeux. M. Teneycke a été invité à prononcer une conférence devant le réseau Liberté-Québec, ce groupe de réflexion formé principalement d'adéquistes déçus, le 23 octobre prochain. Titre de sa conférence: Défier l'establishment médiatique. Bref, il faisait un piètre dirigeant, mais fera sans doute un excellent commentateur sur les ondes de Sun TV News, si jamais la chaîne voit le jour (il l'a d'ailleurs déjà été sur les ondes de CBC).

Deux moments marquants de son court règne auront contribué à sa chute: tout d'abord, ses attaques contre une icône de la littérature canadienne, Margaret Atwood, qu'il a accusée de traîtrise pour avoir signé une pétition dénonçant les liens entre Sun TV News et le gouvernement conservateur. Ensuite, ses démêlés avec le groupe Avaaz, auteur de la pétition, qui a déclaré hier: «Le départ soudain de M. Teneycke renforce le besoin d'enquêter sur le sabotage de notre pétition.» Avaaz a porté plainte auprès de la GRC et de la police d'Ottawa après avoir découvert qu'un internaute avait ajouté à sa pétition en ligne de faux signataires (dont le nom de certains journalistes bien connus).

M. Teneycke commençait donc à être un boulet, et on comprend que son départ s'inscrit dans une stratégie de séduction de la part de Quebecor Media, qui espère ardemment obtenir une licence d'exploitation pour exploiter Sun TV News dès le mois de janvier. En se séparant de Teneycke, Quebecor souhaite étouffer la controverse et faire oublier ses liens avec le Parti conservateur. L'arrivée de Luc Lavoie, lié aux conservateurs plus modérés de l'ère de Brian Mulroney, devrait aider. M. Lavoie a beaucoup plus d'expérience que son prédécesseur et il est plus habile dans ses relations avec les médias.