Maintenant que le iPad est lancé, qu'il a été acheté par au moins 300 000 personnes aux États-Unis, on peut se demander si cette tablette numérique et les autres qui suivront auront un impact sur les médias et leurs contenus.

Nathalie Collard LA PRESSE

«C'est comme si nous étions au début du cinéma parlant, le iPad est encore tout nouveau, il attend encore son Orson Welles», a déclaré l'éditeur du magazine Time, Richard Stengel. L'hebdomadaire a déjà lancé une application pour le iPad, tout comme le USA Today, le Wall Street Journal et le National Geographic.

Pour l'instant, ceux qui s'attendaient à faire un grand pas en avant sur le plan technologique sont déçus. «Le iPad est une superbe machine, mais il est anti-web, observe Michel Dumais, journaliste spécialisé en nouvelles technologies. Le web a été conçu pour échanger. Or, les applications du iPad sont très fermées et limitent beaucoup l'interaction. On revient au modèle des médias de masse, qui s'adressent à plusieurs. Pour les éditeurs, c'est rassurant car c'est un modèle qu'ils connaissent bien et qu'ils espèrent retrouver puisqu'il a bien fonctionné. Par contre, c'est un pas en arrière sur le plan de l'échange et de l'interactivité.»

Michel Dumais note, entre autres, qu'on ne peut pas copier des hyperliens pour les envoyer sur Twitter. En outre, les applications sont conçues uniquement pour le iPad. Sans compter qu'on ne peut télécharger que des livres achetés à la librairie en ligne iBooks et que le wifi est plus ou moins fiable, si on se fie aux commentaires des premiers utilisateurs.

«Il s'agit de la première génération d'appareils, ajoute Michel Dumais. De nombreux manufacturiers vont mettre au point des produits semblables. Il faudra voir l'évolution avant d'observer l'impact du iPad sur les journaux et les magazines.»

iPad au Québec

Au Québec, le site Branchez-vous a déjà annoncé non pas une application mais un site web optimisé pour le iPad, qui sera lancé au Québec le 24 avril. Selon son président, Patrick Pierra, à court terme, la tablette d'Apple aura surtout un impact sur les habitudes de consommation média des individus. «Je crois que le iPad créera des habitudes spécifiques, explique-t-il.

«L'ordinateur est omniprésent dans la vie des cols blancs, au bureau, poursuit-il. À la maison, l'ordinateur a un double emploi: pour les jeunes c'est le jeu, mais pour les adultes, ça demeure associé au travail et on aimerait s'en tenir éloigné. Quant au téléphone, on l'utilise surtout dans des périodes d'attente ou de transition.»

Le iPad viendrait donc bouleverser nos habitudes, selon le président de Branchez-vous. «La tablette pourrait être posée sur la table, au petit-déjeuner, car elle est plus conviviale que l'ordinateur, plus engageante. On peut également la lire au salon ou l'utiliser comme liseuse.»

Maintenant, est-ce que le contenant aura un impact sur le contenu des médias? Faut-il s'attendre à ce que les journaux et les magazines offrent des contenus originaux spécifiques au iPad?

Patrick Pierra demeure prudent: «Tout va dépendre de la pénétration du iPad, des modèles économiques et de ce pour quoi les gens seront prêts à payer. On ne le saura pas tout de suite.»