Frauder, arnaquer, tromper, entuber, les verbes ne manquent pas pour désigner une des activités favorites de l'homo sapiens: enfirouaper ses semblables! Dans Tab'arnaques, un recueil de 13 nouvelles noires, Luc Baranger et André Marois rivalisent d'astuce et de rouerie pour placer d'innocents quidams (au propre et au figuré) dans des situations impossibles en les livrant en pâture aux manipulations frauduleuses de maîtres escrocs qui ne manquent pas d'imagination.

Norbert Spehner, collaboration spéciale LA PRESSE

Le très saint frère André devient un instrument de tromperie dans Les voies du Seigneur sont impitoyables, on lessive littéralement les faux billets dans Bien mal acquis, on mise sur les bas instincts de ses semblables dans Cash, ou on trouve plus pourri que soi dans Servez-vous, c'est gratis, etc. Cette anthologie thématique sur l'art d'embobiner autrui est un véritable plaisir de lecture, un feu d'artifice d'imagination et d'humour noir! Évidemment, qui dit fraude dit victime, mais dans ces histoires servies avec brio par deux maîtres de la nouvelle noire, il est difficile d'éprouver la moindre compassion pour ces pigeons pitoyables, ces malheureux gogos, qui se laissent plumer sans vergogne. Bref, c'est tragique, mais on rigole ferme, même si la préface est signée par un certain Vincent Lacroix!

Par ailleurs, l'avènement de l'internet a permis aux arnaqueurs de raffiner leurs méthodes. Selon certaines statistiques, toutes les deux secondes, quelque part dans le monde, un individu vole une identité, ouvre un compte bancaire sous le nom d'une autre personne.

Dans Identité volée, un thriller particulièrement angoissant, Charles den Tex met en scène Michael Bellicher, un conseiller en communication d'Amsterdam victime d'une usurpation d'identité qui tourne au cauchemar. Témoin d'un accident de la route, il subit un contrôle de routine et, le temps de le dire, le voilà menotté, maltraité et jeté dans une cellule, placé en garde à vue. Motif: la police le recherchait pour un délit de fuite de mortel qu'il n'a jamais commis.

Comme nombre de ses contemporains, Bellicher s'est fait voler son identité en participant à un jeu en ligne. Le voilà pris au piège: il va devoir prouver qui il est...! Sous la plume de den Tex, qui a remporté trois fois le Gouden Strop, prix du polar le plus prestigieux aux Pays-Bas, cette chasse aux voleurs d'identité devient un suspense de première classe, particulièrement efficace dans la mesure où la situation kafkaïenne dans lequel est tombé le malheureux héros est tout à fait vraisemblable.

N'importe quel internaute peut être pris dans un tel engrenage, avec des conséquences catastrophiques. Un clic de souris de trop, la trappe se referme, les ennuis commencent! Avec son écriture nerveuse et efficace, l'auteur nous harponne dès les premiers chapitres et les 500 pages défilent sans temps mort ou longueurs. Identité volée est le modèle idéal du récit à suspense, riche en rebondissements. C'est le premier livre traduit de den Tex, mais dans les faits, son huitième polar. Espérons qu'il y en aura d'autres de cette qualité!

On dit que la justice est aveugle! À lire Verdict, un thriller de Justin Peacock, on peut se demander si elle n'est pas aussi l'arnaque suprême. La victime? Un accusé qui n'est plus qu'acteur impuissant dans une étrange pièce de théâtre dont il ne connaît ni le scénario ni l'auteur et dont le sort dépend moins de la preuve retenue contre lui que des effets de toge ou des envolées oratoires de ces grands manipulateurs que sont les procureurs et les avocats.

Quant au verdict, il dépend trop souvent de celui qui a su raconter l'histoire la plus convaincante. Verdict, c'est la narration d'un procès dans lequel un dealer noir est accusé du meurtre d'un jeune étudiant blanc et juif. Il revient à Joel Devereaux, un avocat déchu, d'innocenter son client. La tâche ne sera pas aisée et le dénouement aussi percutant qu' inattendu.

Voilà un premier roman très réussi, à l'aspect quasi documentaire, qui en dit long sur les dérives d'un système où les véritables procès se déroulent bien plus dans les coulisses, lieu de toutes les manipulations et tractations, que dans le prétoire. Un récit qui s'inscrit d'emblée dans la lignée des meilleures oeuvres de John Grisham et de Scott Turow.

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Tab'arnaques. Luc Baranger & André Marois. Québec Amérique, 252 pages, 22,95 $.

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Identité volée. Charles den Tex. Presses de la Cité, 536 pages, 37,95 $.

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Verdict. Justin Peacock. Sonatine, 370 pages, 34,95 $.