«Certains gros éditeurs ont très rapidement intériosé la récession et n'évaluent plus les manuscrits littéraires qu'en fonction de leur potentiel de rentabilité comptable.»

Publié le 12 nov. 2010
Daniel Lemay LA PRESSE

Le poète et romancier Normand de Bellefeuille a passé 13 ans dans diverses fonctions éditoriales chez Québec Amérique. Depuis septembre, il est conseiller littéraire et directeur de la collection (adulte) Parking aux Éditions de La Bagnole.

«Avec des moyens extrêmement réduits, de petites maisons comme Alto, Marchand de feuilles, Le Quartanier, La Peuplade et, oui, La Bagnole, font preuve d'audace en misant sur de nouvelles voix et sur des écritures novatrices.»

Ce n'est pas, continue Normand de Bellefeuille, le cas de toutes les grandes maisons qui en auraient pourtant les moyens, tant en termes de revenus que d'accès aux subventions, plus grosses que n'importe où ailleurs au monde. «Un éditeur perdra rarement plus de 2000 $ pour un roman qui se vend à 500 exemplaires. À côté, toutefois, il peut compter sur des best-sellers qui se vendent à 30 000, 50 000...

«Il faut qu'une partie de ces profits soit réinvestie dans des oeuvres littéraires fortes, mais qui n'atteindront pas nécessairement ces niveaux de ventes. Les grands éditeurs ont la responsabilité - culturelle, littéraire, citoyenne, je dirais même - de prendre des risques.»

Les éditeurs québécois publient-ils trop de livres? «Trop de livres, non. Les éditeurs québécois publient juste trop de mauvais livres», lance encore Normand de Bellefeuille, un littéraire qui n'en met pas moins son propre esprit comptable au service du livre. «Disons qu'un roman de 400 pages coûte 40 $ et que vous lisez 40 pages à l'heure: votre lecture vous revient à 4 $ de l'heure, C'est moins cher que le bingo ou le bowling.» Les chiffres sont là.