Alors que nous plongeons avec délectation dans nos lectures d'été, que font les auteurs pendant la saison chaude? Suzanne Myre, auteure de Dans sa bulle et employée dans un hôpital montréalais, nous parle de son horaire d'été et de sa prédilection pour les livres qui distillent une certaine légèreté. Comme les siens.

Mis à jour le 21 juill. 2010
Josée Lapointe LA PRESSE

Mélisse, personnage principal de Dans sa bulle, est préposée aux bénéficiaires dans un hôpital. Suzanne Myre, elle, est préposée à la centrale des messagers et s'occupe surtout du transport des patients à l'intérieur de l'établissement. «C'est l'endroit au monde où je peux donner le meilleur de moi. Je peux leur parler s'ils en ont envie, faire le clown s'ils ont le goût de rire. Je me considère comme un témoin privilégié.»

Dans sa bulle n'aurait donc pas pu exister si Suzanne Myre n'avait pas travaillé dans un hôpital, qu'elle décrit comme un microcosme de la société et une source infinie d'inspiration. Le résultat est un livre léger et sensible, où se côtoient la maladie mentale, la vieillesse et la quête du bonheur. «C'est vrai que c'est un livre drôle, mais si on soulève la couverture, il y a aussi la souffrance, la solitude, la maladie. Une fois que la bulle est pétée, la réalité nous revient en pleine face.»

Suzanne Myre a cependant dû combattre sa négativité et son cynisme naturels pour les transformer en une tendre ironie. Pour elle, les temps ne sont plus à l'égocentrisme, mais au don de soi. «Je veux donner du positif aux gens, pas les déprimer. Propager le bonheur, ce n'est pas futile. Si me lire rend de bonne humeur, je suis heureuse. Écrire est ma façon de donner au monde.»

Dans sa bulle est le sixième livre de Suzanne Myre, mais son premier roman après cinq recueils de nouvelles. Elle est passée du court au long «pour se causer des problèmes», dit-elle en souriant, elle qui se croyait «faite pour la nouvelle». Mais le roman lui a permis de se poser, de respirer, de développer en profondeur. «Ça a été un casse-tête. J'ai mis deux ans et demi pour l'écrire.»

Le chalet à la campagne est le lieu où elle travaille le mieux. «Dans la dernière année, c'est là surtout que j'ai écrit, dans le silence.» Cet été, elle planche surtout sur la rédaction d'une nouvelle qu'elle compte soumettre à un concours cet automne, et prendra des vacances en septembre. Elle devra décider si elle écrit une suite à Dans sa bulle, où si elle choisit un tout autre sujet.

Pour l'instant, Suzanne Myre travaille à l'hôpital 7 jours sur 15 - une journée de moins par quinzaine, histoire de se reposer et de profiter du beau temps. «J'écris quand il fait froid. L'été, je suis dehors. J'adore aller au Jardin botanique, le plus bel endroit à Montréal, et me promener dans les ruelles pour y flatter les chats.»

Elle passe sa vie, dit-elle, à contrer sa paresse naturelle. Mais l'été, elle s'y complaît. «Je vais au cinéma, je lis, je regarde des séries américaines en coffret. Ça en prend beaucoup pour m'extirper de mon sofa...» En ce moment, c'est la deuxième saison de Deadwood qui l'occupe. Amateure de films d'horreur et de cinéma en général, elle avoue ne pas lire tant que ça, à part peut-être de la BD, qu'elle adore. «Je regarde plus de films que je lis! J'ai de la difficulté à entrer dans un livre à fond. Je les choisis au hasard, à la bibliothèque, et je ne suis surtout pas les modes.» Elle sait cependant qu'elle n'aime ni la densité extrême, ni la trop grande facilité.

Vivre dans le réel

Peut-être parce qu'elle a publié son premier livre au début de la quarantaine, Suzanne Myre n'a jamais eu l'aspiration de vivre de sa plume et est incapable de se mettre sur le même pied que ceux qui font de longues carrières, tels les Nancy Huston, Dany Laferrière... À 49 ans, avec six livres au compteur et quelques prix prestigieux (Grand Prix littéraire Radio-Canada, prix Adrienne-Choquette), elle a encore de la difficulté à se voir comme faisant partie de la confrérie des auteurs.

«Ce n'est pas de la modestie mal placée, mais je me considère comme une simple travailleuse. Quand j'écris, je suis écrivaine, mais ce n'est pas mon métier. Je fais partie des gens ordinaires, qui gagnent leur vie, et qui travaillent fort pour ce qu'ils gagnent.»

Si elle est enfin prête à accepter une certaine reconnaissance, elle fuit les mondanités et se considère en marge de la «bulle» littéraire. «Je mène de front mes deux vies. C'est important pour moi d'être dans un milieu humain, de vivre dans le réel.» Entre son travail à l'hôpital et la littérature, Suzanne Myre a trouvé sa place.

Dans sa bulle, Suzanne Myre, Les éditions du Marchand de feuilles, 416 pages.

Les suggestions de Suzanne Myre

Une partie du tout, de Steve Toltz

«C'est une brique d'un auteur australien. C'est un livre phénoménal, qui a été en lice pour le Booker Prize (en 2008). C'est très drôle, en même temps, chaque phrase est profonde. C'est un livre d'aventure, humain, philosophique.»

Comment je suis devenu stupide, de Martin Page

«J'ai déjà lu ce livre (paru en 2001), mais je veux le relire. Ce que dit l'auteur, c'est que plus on est lucide, moins on a d'aptitude au bonheur. Je m'étais sentie interpellée par ce livre, et je veux voir où je suis rendue par rapport à ça!»

Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre, de Brock Clarke

«J'ai lu ça rapidement. C'est léger et très drôle, et pour moi l'humour est un prérequis. Ce n'est pas vraiment un polar, mais il y a de l'action.»

Théorie du moustique, de Nancy Werlin

«C'est l'histoire de trois enfants et de leur mère déséquilibrée, racontée du point de vue du plus vieux, qui a 16 ans. L'écriture est légère même si le thème est lourd. J'aime comprendre la psychologie des personnages sans qu'il y ait de description. La psychologie n'est pas dans les mots.»