Les écrivains se tournent de plus en plus vers le web pour faire la promotion de leurs livres. Le dernier phénomène à faire son apparition étant la bande-annonce, comme au cinéma, une approche plutôt récente au Québec. Trois écrivains parlent de leur expérience.

Chantal Guy LA PRESSE

Par facile de se faire connaître quand on est un nouvel auteur au Québec. Non seulement le livre a-t-il la part congrue dans l'espace médiatique, il a aussi peu de moyens publicitaires. En voyez-vous souvent des pubs de romans à la télé?

Le web est peut-être la solution pour attirer l'attention du lecteur sur un titre. Les écrivains sont certes plus nombreux qu'avant à faire leur propre promotion sur les réseaux sociaux. Mais une image valant mille mots, dit-on, l'idée de la bande-annonce a rapidement fait son chemin. Qu'on la construise à la mitaine ou qu'on engage des professionnels, la bande-annonce est un nouvel hameçon pour aller à la pêche aux lecteurs, déjà très sollicités.

Pierre Szalowski, auteur de Le froid modifie la trajectoire des poissons paru en 2007 chez Hurtubise, un roman inspiré par la crise du verglas au Québec, a vu son livre bénéficier d'une bande-annonce lorsqu'il a été traduit en espagnol par Random House. Un charmant petit film d'animation en guise d'appât. «Ils voulaient cibler particulièrement les blogueurs avec cette pub, qui a d'ailleurs été finaliste au festival d'Annecy, raconte-t-il. Et ça a marché, le livre s'est bien vendu, ça a certainement aidé mais je ne peux quantifier.» Pour Pierre Szalowski, aussi auteur du récent documentaire On tue la une sur la crise des médias, le monde de l'édition doit s'adapter à l'outil web. «Mais attention, une bande-annonce ne sauvera pas un livre. Bande-annonce ou pas, il faut un bon livre! »

Patrick Dion, chroniqueur à Webtv Hebdo et chef-recherchiste à l'émission Vlog, connaît bien les nouvelles tendances et n'a pas hésité à convaincre sa maison d'édition, La grenouille bleue, de financer en partie la bande-annonce de son premier roman, Fol Allié, qui vient tout juste d'arriver en librairie. «Mon but, en bout de ligne, c'est de me faire livre, et je me suis dit que ma spécialisation, c'est le web, alors la meilleure façon de faire parler de moi, c'était par là. J'ai déjà 5000 visionnements de ma bande-annonce, je ne pense pas que j'aurais pu faire mieux dans la visibilité avec les canaux médiatiques traditionnels.»

Il a mis le paquet: réalisateur, acteurs, monteurs, musique originale... «Je voulais créer un précédent au Québec, parce qu'aux États-Unis, les maisons d'éditions sont rendues bien plus loin. Il y en a qui font une websérie avec le premier chapitre du livre, par exemple, et si tu veux savoir le reste, tu dois acheter le livre.» Il cite en exemple Fragments de Warren Fahy. De fait, on trouve des tonnes de bandes-annonces américaines sur youtube, et cela, depuis quelques années. Il y a carrément une compagnie de production, COS, qui se spécialise dans le genre.

Une arme à double tranchant?

Jean-Simon DesRochers, qui connaît un bon succès critique avec son roman La canicule des pauvres (Les Herbes Rouges), a tricoté lui-même la bande-annonce de son livre, pour le plaisir, avec un logiciel de montage de base. «Conceptualisé en 15 minutes, monté en six heures, résume-t-il. Ça me tentait de traduire la rythmique et l'esprit du livre en une bande-annonce, et je pense que ça donnait un portrait très rapide du roman. Mes plans sont fixes, je n'incarne rien. Car ça peut être une arme à double-tranchant, si ça présuppose une qualité que le livre n'aurait pas, ou si ça lui en enlève. Je crois personnellement que ça va devenir de plus en plus commun et que ça va perdre son effet de nouveauté.» C'est pourquoi il n'a pas envie d'en faire une deuxième pour son prochain roman.

«On en est à la première génération de ce type de pub, on cherche encore le style, croit Pierre Szalowski. Je pense que c'est un genre qui va évoluer, on va trouver un ton, mais tant qu'on copie le cinéma, c'est un genre mineur à mon avis. Il faut faire attention que la bande-annonce ne vampirise pas le livre et qu'elle soit plutôt à son service. Elle doit donner envie, éventuellement étonner, mais elle ne doit pas dérouter ou dévier de son objet.»

«Ce sont les auteurs eux-mêmes qui prennent les rênes de leur promotion, je trouve ça intéressant , dit Patrick Dion. Mais il faut savoir utiliser le médium. Les maisons d'édition n'ont pas encore beaucoup de présence sur le web ici, alors que les troupes de théâtres ont été bien plus rapides à exploiter ces nouvelles possibilités.»

Mode passagère ou nouvelle façon de faire? On verra bien. Mais déjà, le débat se pointe à l'horizon sur la pertinence du procédé, notamment sur les réseaux sociaux, où l'on trouve les pour et les contre...