La troupe Les 7 doigts de la main présente à la TOHU son troisième spectacle, La vie. Convergence de plusieurs arts de la scène, ce tour de force ravit les sens par son intelligence, son humour et sa précision athlétique.

Mis à jour le 27 sept. 2008
Mario Cloutier LA PRESSE

Théâtre? Cirque? Danse? La (con) fusion des arts de la scène représente en ce moment un genre en soi. En ce sens, le spectacle La vie de la troupe Les 7 doigts de la main est une réussite remarquable.

 

La pièce de théâtre, d'abord. Il y a ici un véritable texte, une mise en scène et une scénographie à part entière. Des comédiens adéquats campent des personnages bien définis dans des costumes et des décors pertinents. Lorsque les spectateurs entrent dans la salle, la représentation est déjà en cours. DJ Pocket fait dans le bruitage hip-hop, une folle en jaquette d'hôpital déambule, une autre en tenue sexy est assise au bar.

Nous sommes au purgatoire, cette «salle d'attente cosmique» où le maître des lieux est un Français lubrique, méprisant et cynique. Dans cet entre-deux où ne subsistent ni pudeur, ni douleur, l'amoralité triomphe.

«Vous êtes tous morts. Et si vous essayez de m'entuber, ça va chier des briques!» lance Sébastien Soldevila, cerbère de l'enfer et tortionnaire des pécheurs rassemblés devant lui.

Le cirque. Équilibrisme, jonglage, trapèze, diabolo, main à main, corps à corps, chaînes aériennes... Les numéros sont présentés pratiquement sans faute - le spectacle ayant déjà été bien rodé ailleurs - mais, surtout, parfaitement intégrés au récit.

Il en va de même des chorégraphies et «numéros» de danse, que ne renieraient pas certains professionnels, et qui n'interviennent pas en marge de l'action, mais en découlent.

Tour de force

La véritable force de ce spectacle réside dans le fait qu'aucun fil ne dépasse. La trame est tissée si serré qu'on ne peut plus dire que le procédé dramatique fait une pause afin de laisser passer le cirque où qu'il remplit un temps mort entre deux numéros.

Même s'il existe une petite piste centrale, la mise en scène joue autant au premier plan qu'en arrière-plan. La qualité du spectacle émerge de tous les petits détails d'une scénographie réglée à la perfection. Attiré par l'action d'un personnage bien campé, le regard risque d'ailleurs de manquer une action circassienne spectaculaire, et vice-versa.

Lors de la première, mercredi soir, Samuel Tétreault a exécuté son numéro d'équilibre sur canne lumineuse sans rien laisser voir d'une vilaine contorsion au genou. Inspiré par cet exploit, ses collègues ont tour à tour excellé.

Soulignons les tordantes contorsions d'Isabelle Chassé, sur lit d'hôpital notamment, l'amusant duo au diabolo de Sébastien Soldevila et de Patrick Léonard, Faon Shane et ses spectaculaires chaînes aériennes, ainsi que le tonique numéro final de main à main entre Sébastien Soldevila et Émilie Bonnavaud.

Le propos de la pièce pourrait paraître sombre s'il n'était pas rendu avec un humour noir de tous les instants. Mais après les derniers éclats du spectacle, on se surprend à réfléchir sur cette trop courte vie et à se demander ce qu'on ferait, là tout de suite, si on savait que c'était la fin.

La vie, du collectif Les 7 doigts de la main, est présenté à La TOHU (2345, rue Jarry Est). Six supplémentaires ont été ajoutées du 7 au 11 octobre, en français, et le 19 novembre, en anglais.